Dissensus Viral - Partie II : Le théorème de la banalité du "shithole" 

Banalité, turbulences et défaillance

Défaillance

Cette tribune est le deuxième acte de 4 articles qui portent un dissensus viral pour livrer, tel que capté dans le regard d’un confiné dans un « shithole », le reflet d’un monde qui part en vrille et dérive vers l’indigence sous la menace d’un virus. Préalablement, il m’a semblé opportun de relever, dans la virulence de la contagion qui se répand, les impostures tombant avec fracas, sous l’effet de l’arrêt du train de la mondialisation. Elles, qui ne servaient qu’à dissimuler les horreurs et les précarités de certaines des réussites, si longtemps promues, médiatisées et célébrées un peu partout dans le monde comme normes, dévoilent aujourd’hui le spectacle terrifiant et angoissant de leur nudité, de leur nullité ou tout au moins de leur superficialité. C’est manifestement un effondrement généralisé.

Vu de près dans un « shithole », cela prend un effet parallaxe hypnotisant qui n’a pas la même valeur que d’être confortablement confiné au nord à compter les morts et à attendre le verdict, lent, mais certain, de la science. Ici, même la science est indigente. Ici, sur les rives du shithole, il n’y a qu’effondrement et déshumanisation. En bas, c’est un peuple en sursis qui se débrouille, s’adapte et meurt ; au milieu, ce sont les groupes détenteurs de savoir qui s’abandonne, ou fuient en quête de rêves d’ailleurs ; au somment, ce sont de prétendues élites qui se goinfrent et s’encanaillent en incitant toute la population à célébrer l’indignité et la résilience à la folie. Ici, c’est un lieu de business, d’expérience douteuse et de défaillances. Ici, ceux qui font commerce de la défaillance ne sont qu’en transit, ils ont tous un billet retour garanti pour rejoindre leur résidence prioritaire, loin du « shithole ». Ici, c’est la mort, la laideur et la puanteur qui se prennent au sérieux et font le show pour terrifier la vie, avec la complicité du réseau des gens dits de bien. Ici, toutes les saisons, c’est un défilement continu, en fractales récurrentes, d’images de cartes postales, de diners en blancs, de galas de Tech Summit, de colloques scientifiques, de projets de développement, de recherche académique et d’innovation entrepreneuriale qui esquivent et ignorent des couches d’injustice, d’exclusion, de corruption, de dysfonctionnement, et qui se superposent, à des tonnes de détritus sans jamais pouvoir y apporter de solutions. Ici, c’est l’indigence qui défile dans son opulence, dans ses pompes, dans ses fastes, portant sa malice comme seule intelligence.

Voir l’image de la défaillance en séquence aussi nette, quand on est confiné dans l’horreur, a des reflets paradoxaux qui laissent croire à l’immanence d’une possible régénération. Voilà pourquoi je m’exalte à trouver dans cette saison de contagion une double révélation :
  1. À l’échelle internationale, elle a tout l’air d’une retentissante application de la théorie du chaos dont l’énoncé serait : l’éternuement d’un Chinois à Wuhan provoque un effondrement planétaire qui met en panne les impostures de la mondialisation et révèle le côté grégaire d’un monde dominé par des réussites précaires. Une confirmation de la dépendance sensitive aux petites causes qui met en lumière une nouvelle énigme géopolitique : le paradoxe de la grandeur. D’un côté, il y a la grandeur improbable des puissances impérialistes, broyeuses et fossoyeuses d’humanité ; de l’autre, il y a l’humanisme des peuples solidaires, rebelles et dignes dont Cuba est à l’avant-garde. (On y reviendra dans le quatrième acte).
  2. À l’échelle du « shithole », c’est la pleine manifestation de ce que j’appelle avec entêtement : le rayonnement indigent. Une confirmation du postulat de l’indigence qui décrit le coude à coude de la malice et de la médiocrité revendiquant l’intelligence et la réussite en faisant la fête dans un écosystème contraint par toutes les défaillances.
 
Sous l’angle de cette double interprétation, le Coronavirus a, tout au moins, de mon point de vue de confiné dans un « shithole », une immense valeur pédagogique. Et j’espère qu’au bout de ma provocation, il apparaitra, à tout autre que moi, par la cohérence factuelle de mon argumentaire, la pertinence de cet enseignement. Celui-ci est porté dans un théorème qui tente d’expliquer l’effondrement haïtien. Une façon de prouver que derrière les colères intelligentes, il y a toujours une argumentation cohérente ; derrière le dissensus nourri par la pensée critique, il y a toujours le chant de l’exaltation de la PoÉthique. Comme le disait Paolo Coelho, il faut seulement savoir écouter, par-delà les bruits, par-delà la cacophonie.
 
À la vérité, en faisant tomber les mythes sur lesquels reposent le néolibéralisme pervers et sauvage, le Covid-19 fragilise et lézarde les réussites individuelles au voisinage du shithole qu’est Haïti. Il va sans dire que ces réussites n’ont aucun rayonnement sur le collectif haïtien et contribuent à obscurcir par leur épais enfumage. En effet, puisqu’elles n’ont d’existence que par leurs accointances, leur allégeance et leurs redevances envers les intérêts étrangers, elles ne font que s’aligner sur une stratégie définie en haut lieu pour structurer les vulnérabilités et entretenir les défaillances comme de potentielles sources de dépendance.
 
Le Business de la défaillance comme pragmatique commerciale

En mettant à nu l’indignité, l’insignifiance, et l’impuissance des autorités haïtiennes (politiques, académiques, économiques) face aux différentes catastrophes économiques, politiques, sismiques et climatiques qui se sont abattues sur Haïti ces soixante dernières années, le coronavirus éclaire les ombres d’une insoutenable indigence portée par des quantificateurs de médiocrité humaine qu’on a longtemps maintenus et présentés comme modèle de succès.
 
Et c’est là toute la malice de l’indigence, en associant un rayonnement académique insignifiant (ou une réussite sociale crapuleuse) à une médiocrité politique, elle se donne une valeur de groupe, de corps et de structure qui permettra sa reproduction par-delà le temps, et qui sera aussi inattaquable par son auréole académique ou économique. Deux faiblesses, s’appuyant l’une sur l’autre, se structurent toujours dans le temps pour devenir une puissante résilience collectivement célébrée.
 
Euréka ! Voilà le théorème de l’indigence formulé dans une axiomatique (à venir) plus intelligible parce que se présentant, grâce au contexte actuel de virulence, comme une application, sur le domaine social d’un « shithole », de la règle algébrique bien connue « moins par moins égale plus ». De sorte que, dans un shithole, toute réussite qui ne réfléchit pas une parcelle de son rayonnement sur le collectif ne peut être qu’une source de précarité entretenue à des fins de dépendance.
 
Voilà le message que j’essaie de porter depuis 2013, à travers un ensemble de réflexions comme contribution aux mouvements citoyens en Haïti dans la lutte pour le changement. Hélas, dans un « shithole », l’absence d’intelligence, notamment d’intelligence éthique, la haine de l’authenticité et l’incapacité à supporter la vérité agissent comme des étouffoirs qui enfument la pensée et empêchent à toute parole de bon sens de se frayer un chemin vers la conscience collective. C’est justement pourquoi, malgré les risques et les pièges qui guettent ceux qui osent troubler les silences rentables au voisinage d’un « shithole », je surfe avec une vraie joie sur cette onde de contagion, porteuse de turbulences. C’est dans le creux de silences, rythmant le bruit assourdissant des défaillances, qu’il faut laisser résonner, à travers des colères authentiques, les milles paradoxes qui troublent le business des charognards au voisinage d’un « shithole » .
 
Comme le dit Noam Chomsky, « Dans la vie, il y a deux grands ensembles de principes : ceux de privilège et de pouvoir ; ceux de vérité et de justice. Quand on choisit l’un, c’est toujours au détriment de l’autre ». Il n’y a pas de troisième voie. La voie dite tempérée, modérée ou de grisaille, revendiquée par une certaine majorité silencieuse n’est qu’une imposture, un enfumage. Devant les injustices, les expérimentations douteuses et les violences qui défigurent le quotidien d’un « shithole », il faut avoir de la merde plein la gueule et une étonnante capacité de digestion pour ne pas oser hurler de colère quand l’indigence monte par rafales puantes successives.
 
Que les lecteurs m’excusent de troubler ainsi leur confinement, mais, par temps de turbulences, il faut savoir traverser les flots d’incertitudes pour atteindre l’inespéré. C’est le sens de ce dissensus que je porte viralement, je le revendique comme la PoÉthique d’un nouvel engagement : si tout seul, on ne peut pas changer les structures indigentes de son pays, on peut encore essayer de mettre à contribution le peu de talent qu’on possède pour faire jaillir des étincelles de colères et d’intelligence capables d’éclairer le chemin des générations futures. Il s’agit de montrer que les défaillances, les errances, les turbulences qui modulent les mille nuances de précarité dans un « shithole », pour assujettir et déshumaniser les populations, ne sont possibles que parce qu’il y a des choix de pouvoir, de privilège et d’honneur qui les structurent. La bêtise ne triomphe jamais par sa seule laideur, elle doit d’abord faire régner l’opacité pour occulter la vérité, aliéner les consciences et flétrir la dignité humaine. La bêtise ne triomphe que parce qu’on a lui servi, à travers des choix de cécité, de surdité, d’atonité, modulant des silences lourds de complicités, les adjuvants dont elle a besoin. C’est toujours au détriment des structures collectives et des infrastructures éthiques de la vérité, du courage et de la justice que se construisent les accointances qui génèrent certains profits financiers et certaines réussites menant à de douteuses victoires politiques, à de frauduleuses richesses économiques, à des rayonnements académiques insignifiants et aux improbables béatifications culturelles et autres distinctions honorifiques amidonnées.
 
Dans un shithole, chaque médiocre politique a un réseau de dignitaires et de pontifes à son service. Car il faut que la bêtise soit sanctifiée, béatifiée et édulcorée par un faire-valoir académique pur la rendre plus digeste. N’est-ce pas avec de l’eau bénite que les fonds des Corleone ont obtenu la pureté de la rédemption, transitant par les voies impénétrables du Seigneur, dans les caisses de la prestigieuse société financière Imobiliare ? Ah, je vous entends ricaner : il mélange la réalité et la fiction ! Et alors ? Pourquoi la fiction ne peut-elle pas être mise à contribution pour dimensionner, terroriser et déshumaniser le réel de certains peuples afin de sauver les mythes, sans lesquels la barbarie de ce réel s’étalerait, répugnante, devant nos yeux horrifiés ?
 
Parlant de fiction, n’est-ce pas surprenant que le scénario du film {Contagion}, paru en 2009, avec en vedette Jude Law, Matt Damon et Laurence Fishburne colle aussi bien à la réalité de propagation du Covid-19 ? Que la fiction prédise avec autant d’exactitude et/ou de certitudes la réalité a quelque chose de terrifiant !  Dans un monde orienté profit et croissance, où les technologies sont utilisées à des fins perverses, une anticipation cinématographique peut ne pas être le fait d’un hasard ou d’un scénario scientifiquement maitrisé, mais un cauchemar sciemment programmé et machiavéliquement révélé par la fiction pour magnifier des héros mythiques sauveurs du monde (paradoxe de la grandeur).
 
L’erreur ou l’infantilisme d’une certaine militance politique et aussi d’un certain courant académique en Haïti est de sous-estimer l’intelligence des réseaux internationaux et locaux qui travaillent à maintenir le pays dans son statut de shithole. Ces gens, toute militance et tendance confondue, souvent de bonne foi, oublient que ce ne sont pas les structures politiques et économiques qui sont uniquement visées par le néolibéralisme. Les structures mentales collectives sont davantage visées. D’ailleurs, si tel n’était pas le cas, il y aurait davantage de révoltes, davantage de contestations, et l’humanité ne serait qu’une boucherie grandeur nature. Il faut bien que la contagion soit portée davantage dans la mémoire collective pour ne pas avoir à massacrer trop de monde. (On y reviendra dans le troisième acte).
 
Ainsi, pour se présenter au « shithole », l’indigence ne se dénude jamais dans sa vulgarité, comme un virus qui se pare d’une enveloppe pour répandre sa contagion, insidieusement et subtilement, elle se masque et se dissimule derrière une auréole de succès pour propager ses médiocrités et ses défaillances. Le but recherché est simple : protéger le patrimoine génétique (de l’indigence en dissuadant toute critique contre sa mémoire de reproduction : L’indigence dans la mémoire (on y reviendra). En effet, en phagocytant la conscience collective, les « démiurges », programmant le chaos pour les peuples, interdisent la détection de l’indigence comme perversion, sa mise en accusation et son éradication. Par effet intimidant et paralysant, toute critique contre l’indigence apparaitra soit comme une vive aigreur, soit comme une vilaine insulte, soit comme une infâmante hérésie. Qui critique un mythe culturel et académique se fait instantanément lapider ! L’indigence, c’est d’abord le temps des Édi-tollahs !
 
Voilà donc pourquoi, ce temps de contagion, par sa dimension à rendre plus évidente la structure de l’indigence, a une valeur hautement pédagogique. D’autant que, dans le contexte actuel, l’analogie entre indigence et contagion est d’autant plus frappante, qu’elle rend le théorème plus évident, plus percutant, plus convaincant et plus viral. Et voici comment la nature se fait complice d’une intuition pour confirmer la pertinence d’un engagement qui aborde la thématique de de l’indigence comme approche critique pour appréhender l’effondrement haïtien.
 
À bug virulent, dissensus viral !
 
Il n’est pas dit que l’indigence ne réagira pas pour empêcher que la vérité de sa laideur se répande plus largement. D’ailleurs, j’ai tenté de proposer l’an dernier cette réflexion aux grands médias haïtiens pour animer le débat dans le tohu-bohu du mouvement PetroChallenge. Hélas, comme on pouvait s’y attendre, l’authenticité et l’originalité de mon message ont été occulté par les slogans fugaces, bruyants et effervescents : Kote Kòb la ?  Les vrais débats seront toujours déroutés et occultés dans un shithole où les médias et les réseaux de la culture ne sont que des relais de publicité et des étouffoirs de la dignité. Conséquemment, ceux qui sont porteurs de messages qui font vibrer la dignité, l’authenticité, la vérité seront toujours détestés et méprisés. Et pourtant, dans un shithole, ce mépris, cette impopularité doivent être transformés en succès contre l’indigence. Car c’est une réussite que de brandir un étendard qui résonne de bon sens et d’intelligence dans le temps mais qui ne peut pas être repris. Dans un shithole, la précarité empêche toute proximité avec le courage de la vérité et la fierté de la dignité. Ces valeurs sont comme une ardente flamme qui fait fondre les succès précaires.
 
Dans Le Nom de la Rose, Umberto Eco raconte comment le vieux monde ecclésial qui rêvait de silence avait rétabli l’inquisition pour interdire le rire de ceux qui, en s'amusant en toute intelligence, faisaient tomber les mythes du fanatisme religieux. Les époques changent, mais les indigences restent les mêmes, elles ne font que changer de nom par l'imposture qui s'adapte, se recycle par la capacité reproductive de la mémoire atrophiée, aliénée. Mais c’est toujours la même lutte de la connaissance contre la barbarie, de la tolérance contre le fanatisme, de la transparence contre l’opacité, de la vérité contre les silences, de l’harmonie contre le chaos, de la PoÉthique contre l’indigence, de la spiritualisation contre la précarité. Évidemment dans un « shithole », il est plus facile de se ranger du côté de ceux qui donnent et/ou qui ont le pouvoir et les privilèges.
 
Il est donc manifeste que derrière les distinctions honorifiques et les titres académiques qui se distribuent dans les « shitholes », il y a de douteuses accointances qui agissent : soit sous forme de récompenses pour fidéliser les allégeances, soit sous forme de titres académiques pour encourager les silences, soit sous forme de convenances assorties de redevances. Derrière les bulles d’éclats individuels qui gonflent les égos de la plupart des illustres gens de succès en Haïti, il y a des laideurs innommables, des complicités insoutenables et des cruautés impardonnables qui ne se laissent pas dire, qui ne se laissent pas voir, qui ne se laissent pas comprendre facilement.
 
Il ne fait aucun doute que ces laideurs, ces complicités, ces cruautés n’auraient pas été possible si on n’avait pas pris soin de transformer préalablement Haiti en un « shithole ». C’est même pour cela que les shitholes ont été inventés. On n’a qu’à se référer à la célèbre boutade d’Éric Hazan qui laisse comprendre que chaque fois que l’occident s’apprête à dépecer un pays ou à le transformer en un lieu d’expérimentation de projets foireux, la tactique consiste à placer au sommet de la hiérarchie de toutes les institutions (académiques, politiques, culturelles, médiatiques) des ordures pour permettre aux vautours de mieux humer l’odeur de la charogne au loin. Ainsi est programmée la vie dans un « shithole » : bug fatal, silence papal, appétit chacal. Alors qui dira les défaillances totales des confinés, si des voix n’osent pas sortir de leur torpeur, au-delà de toutes les peurs, pour porter contre l’indigence un dissensus viral ?
 
N’est-ce pas sur les pauvres, les moins que rien, les sujets jetables des « shitholes » d’Afrique et d’Haiti que se font toujours les essais cliniques permettant les succès des grands groupes pharmaceutiques du Nord ? N’est ce pas dans le prolongement de ces succès qu’il faut situer les millions de dollars d’aide des agences internationales qui transitent vers des ONG que dirigent des caciques locaux, des cardinaux expatriés, des légionnaires binationaux, des papes nationaux et autres immortels ? Dans un « shithole «, retracez le circuit de l’argent des projets d’assistance et de renforcement, sondez la valeur des distinctions académiques et des gratifications honorifiques, établissez les liens entre ceux qui soutiennent les médiocres politiques et ceux qui distribuent financement et distinctions et vous détecterez le génome de l’indigence : Indignité, Insignifiance et Impuissance.
 
L'utopie inter-dite : la résurgence au bout de l'indigence !
 
Alors, devant cette trouvaille qui rend possible l’action pour le changement par l’identification des vrais foyers d’indigence, je ne peux m’empêcher de revendiquer et d’assumer (conscient des risques que j’encours un peu plus désormais) le dissensus viral en faisant dérouter ma colère vers une possible voie étincelante. : bénies soient les contagions qui rendent intelligibles les défaillances entretenues pour maintenir des succès précaires et des réussites indigentes !
 
Quel autre moment historique plus riche d’enseignement que ce temps de contagion, à défaut du temps improbable de la révolution dans notre contexte de "shithole", eut pu montrer avec tant de clarté que derrière la laideur et l’horreur qui déshumanisent la vie dans un "shithole", il y a plein de raccourcis vers des succès précaire ? Combien de tonnes d’énigmes d’un retour au fondamental de notre humanité aurait-il fallu décoder pour démontrer que toutes ces réussites qui se construisent en bonnes accointances avec les réseaux soutenant l’indigence politique ne sont que des passerelles vers des défaillances qui déstabilisent l’harmonie du collectif, affaiblissent la dignité du peuple et enfument la vie ?
 
Qu’il soit clair que ce dissensus ne porte aucune charge de haine ou d’aigreur envers quiconque ! Ce n’est qu’une démarche de pensée critique cherchant à exploiter la congruence entre des hypothèses et des évènements pour donner de la voix au tempo de ces chants occultés par la cacophonie triomphante. Derrière les défaillances qui modulent l'échec de tout collectif, il y a toujours des bugs conçus par des pirates intelligents pour générer d'immenses profits destinés à ceux qui détiennent les passe-droits. Les mots de mon chant, quoique déroutants, veulent simplement décoder les maux de passe pour briser les silences angoissants qui déshumanisent tout un peuple. Mais, qu’importe ce que nous aurons à subir dans le confinement de ce shithole, qu’importe si certains doivent s’exposer, mais la vie ne doit pas être la même pour les générations futures. Et c’est le rôle de ceux qui sont détenteurs du savoir et du pouvoir de construire cette voie vers l’espérance.
 
Trop de diplômés haïtiens vivent leur savoir comme un simple outil d'employabilité et de réussite personnelle, trop de dignitaires haïtiens se contentent d’être les courtiers économiques ou les portefaix culturels de l’escroquerie internationale. Du coup, ils deviennent incapables de contextualiser, de problématiser, de critiquer, de provoquer pour extraire du chaos de leur shithole l'étincelle qui permettra de construire le flambeau de la transmission intergénérationnelles pour forcer le passage dans la nuit.
 
Une vie est ratée et n’est qu’enfumage si elle n'embellit pas la personnalité de l'individu qui l’incarne avec des valeurs qui rythment l'harmonie de l’univers. La réussite ne peut pas consister uniquement à faire précéder son nom d'un titre ou d'un sigle, à exhiber son compte en banque ou ses accointances diplomatiques et sociales en se contentant de vivre comme des grégaires pour protéger des zones médiocres de confort. Il doit être possible d’associer à une réussite, qu’importe sa nature, une certaine noblesse et une dignité certaine qui poussent celui qui la revendique à mettre son aura dans la balance pour porter la lumière plus loin que sa petite personne. Le savoir, le pouvoir et le succès n’ont de sens que s’ils préparent la conscience de ceux qui respectivement le détiennent et l’exercent à affronter les incertitudes des défaillances de leur écosystème pour extraire du chaos la plus fébrile étincelle capable de nourrir l’espoir des générations futures.
 
Même dans un shithole, cette utopie est permise, pour peu qu’on puisse trouver au fond de soi les valeurs capables de nourrir le rêve infini de l’inespéré. La vie nous livre des exemples vibrants où des éléments poussés au bout de la pression (l’indigence) la plus extrême se régénèrent et s’offrent une résurgence pleine d’innovation. C’est ce que laisse croire tout au moins ce proverbe d’un auteur anonyme : Écrasez les raisins par une extrême pression, ils libèrent un enivrant nectar ; pressurez le graphite, et la structure se réorganise pour laisser le diamant briller de mille feux étincelants ; broyez les olives, et des perles d’huile jaillissent d’une étonnante pureté cristalline ; mettez des graines sous la terre avec du fumier, dans l’obscurité, elles ensemencent et deviennent, tour à tour, tiges, feuilles, fleurs et fruits. Si de simples éléments de la nature peuvent aller au bout de leur chaos pour resurgir dans une nouvelle forme plus merveilleuse, pourquoi des gens aux mille réussites, qui se font appeler excellence, cardinaux, papes et autres immortels ne peuvent pas laisser l’éclat qu’ils revendiquent refléter même une pâle lueur pour faire rougir le shithole ?
 
Comme en toute démarche épistémique, c’est toujours le sens de la question qui oriente vers les bonnes solutions, alors continuons d’éroder l’édifice des mythes de l’indigence par cette pensée critique qui, seule, parce qu’elle n’est ni vidée de ses valeurs ni subventionnée, peut aller au bout de la vérité au péril de tous les risques.

Erno Renoncourt


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