L'écriture n'a de noblesse que si elle est au service d'un engagement éthique permanent. <------> Tout savoir sur la promotion de l'ouvrage "Initiative pour un manifeste éthique" <------> Retrouver le fil des nouveaux billets sur notre blogue: <------> Rendons au peuple haïtien sa dignité ! <-------> Lettre ouverte d'un citoyen indigné aux PetroChallengers <------> Notre cri éditorial : Urgence éthique pour sortir du cycle merdique <-----> Résurgence citoyenne : S'engager éthiquement au-delà des impostures ! <-----> Les enjeux organisationnels: Déficit informationnel, défaillance de la gouvernance. <-----> Naviguer vers des liens structurants <-----> Vous avez besoin d'une aide pour la rédaction des documents techniques de vos projets, vous voulez structurer le système d'information de votre organisation ou de votre entrreprise, n'hésitez plus : visitez le site web de Integrale Data And Stats pour voir en quoi notre expertise peut vous être utile.

Le repère de la défaillance

A l'exception des liens qui renvoient vers d'autres sites et des textes éventuels dont les auteurs sont cités, l'intégralité du contenu, (images et textes) de ce blogue est la propriété de Integrale Data And Stats. Comme toute oeuvre intellectuelle, le contenu de ce blogue est soumis aux droits de la propriété intellectuelle. Toute reproduction des articles et des images de ce blogue doit se faire avec l'autorisation formelle de l'auteur. Pour ce qui concerne l'exploitation des liens et des articles renvoyant vers d'autres sites, prière de se référer aux sites en question.

Le MOI comme repère structuré de l’échec haïtien

RepereDefaillant

Quand le vide individuel structure l’échec collectif
 
Le vide dans lequel se propage l’échec du collectif haïtien repose sur un repère structuré qui oriente toutes les actions vers un MOI indigent. Ce MOI étant le sigle d’un individualisme structurel porté par trois axes terrifiants :
Médiocrité ;
Opportunisme ;
Irresponsabilité.

Par individualisme structurel, il s’entend des comportements individuels objectivants qui, tout personnels soient-ils, ne participent pas moins de la dynamique sociale en orientant les démarches collectives. Il faut s’empresser aussi de préciser que ces comportements sont mis en place non totalement par ignorance ou méconnaissance, mais en toute conscience de leur impact négatif.

En effet :
 1.      Il y a d’une part, la médiocrité de ceux et celles qui, tout en étant en charge d’immenses responsabilités, refusent de s'outiller efficacement pour assumer la gestion de la complexité inhérente à leur mission. Ils préfèrent s'engouffrer dans les voies faciles et simples pour survivre ou échapper à la précarité. De cette médiocrité découle l’impuissance du savoir haïtien. Tant il est vrai que tout savoir cherchant à être utile et à se faire conciliant face à la médiocrité devient forcément futile.
 
2.      Puis, il y a l'opportunisme de quelques autres qui voient dans toutes les situations des moyens de faire des profits au prix d'un renoncement total à toutes les valeurs. Comme si tout n’était qu’opportunités à saisir. Il est utile de rappeler que cet opportunisme est le prolongement de la médiocrité décrite ci-dessus. Au vrai, pour paraphraser Henry Ford, tout projet qui ne cherche qu’à gagner rien que de l’argent est médiocre.
 
3.      Et enfin, il y a l'irresponsabilité de ceux et celles qui refusent de s'engager sur les voies éthiques. Profitant de l'impuissance collective qui atrophie toute forme d'intelligence ou jouissant de l'immunité qui leur confère une totale impunité, ils se barricadent dans leur zone de confort et subissent la routine du quotidien.

Toue l’action collective haïtienne est au service de cette structure indigente dont les axes pointent vers le MOI comme le noeud vital du repère. Ainsi, en reprenant la phrase de Hannah Arendt, stipulant que "c’est dans le vide de la pensée que naît le mal", on peut dire que c’est dans le vide des actions individuelles que se structure l’échec du collectif haïtien.
 
L’improbable performance institutionnelle haïtienne

Par la facilité naît la routine agréable et confortable. Et à force de chercher ce qui est facile et confortable, le cerveau devient incapable de supporter des tâches cognitives lourdes et complexes. Tout ce qui est complexe est rejeté au profit de ce qui est simple, facile, banal et routinier. L’esprit s’oriente naturellement vers tout ce qui l’affaiblit : là où est le plaisir, là on se rend. Il refuse de pratiquer la reliance et ne peut plus voir les liaisons dynamiques et complexes qui font mouvoir les choses.

C'est la course à la pensée simpliste. La pensée haïtienne s'est engluée dans un labyrinthe de simplicité qui conforte la médiocrité, laquelle nourrit l’impuissance collective. Apprendre à survivre, c’est apprendre à penser simplement et à travailler dans la routine. Subir la dictature de l’immédiateté et de l’urgence, c'est accepter de perdre ses capacités et sa liberté de pensée. Ainsi, l’échec haïtien n’est pas un choix lié à une certaine idéologie politique, mais à la prédominance d’une culture de la facilité au profit de la survie. Tous les courants politiques haïtiens de ces 100 dernières années ont reproduit le même cycle de l’instabilité. Ils ont tous orienté leurs actions dans le sens des axes du même repère indigent.

Ainsi, le drame haïtien s'explique par un impensé stratégique organisationnel qui pousse chacun vers une débrouillardise individuelle dans laquelle on cherche à maximiser les intérêts individuels au détriment du collectif. D'où la permanence de l'échec malgré les succès individuels. L'échec haïtien est en partie lié à la précarité matérielle et à la médiocrité humaine qui rendent indisponibles dans l'écosystème les valeurs éthiques d'engagement et de responsabilité.

Pourtant, aucune performance institutionnelle n'est atteignable quand chacun ne cherche qu'à survivre ou à détourner l'intérêt collectif pour son succès personnel. On ne peut pas faire fonctionner la machine étatique d’un pays quand les briques du matériau humain sont si précaires. 

De plus en plus, les gens refusent ou sont incapables de réfléchir. Par paresse, par facilité, par incompétence, par médiocrité, par opportunisme et par irresponsabilité, ils préfèrent subir plutôt qu’affronter les défis. Même ceux qui constituent l’intelligentsia haïtienne n’échappent pas à cette indigence.

Alors, si ceux qui revendiquent la posture d'être les meilleurs sombrent dans la routine, comment demander à la population, intellectuellement désarmée, d’être vent debout pour résister aux assauts de l’indigence ?  Il est impossible de construire la stabilité dans un écosystème humain mouvant et précaire. Il faut des perspectives humaines plus intelligemment et éthiquement résilientes pour construire la stabilité et atteindre la performance.  La stabilité ne peut pas se contenter d’être un élément de langage du discours politique. De même que la performance ne peut pas être un simple vernis marketing au profit des réseaux d’accointances qui orientent les actions du système à l'aide du même repère indigent. 

La stabilité a besoin tout autant d'outils méthodologiques et technologiques que de rationalité managériale pour construire la performance.  Pour cela, le discours politique sur le changement ne doit pas être essentiellement idéologique. L'idéologie est certes utile, mais elle n’est qu’un repère pour situer ses finalités et ses actions. Pour construire l'action intelligente, il faut plus que l'idéologie et les slogans.

Le discours politique se doit donc d'être aussi scientifique, pragmatique et éthique. La politique qui ne se fait qu'avec l'idéologie ne peut être que stérile, inefficace, si ce n’est que manipulation. Il faut apprendre à combiner les outils et à relier les savoirs pour faire émerger l’intelligence utile à l’action. Et même qu'il faut se dire que l'urgence de l'action ne remplace pas l'intelligence de l'action. D'ailleurs, toute action intelligente fait appel à la pensée complexe. De sorte que tout ce qui est simple et facile ne peut être que source d'échecs. Aussi est-il utile de rappeler, avec Idriss Aberkane, que le flux de la connaissance est donné par l'équation :  φ(k) ∝ At qui s'interprète ainsi : prenons le temps d'agir avec attention, et nous aurons la connaissance utile à l'action intelligente.

Dès lors, il ne faut plus isoler et délier pour simplifier par précipitation ; car, ce faisant, on affaiblit tout et rend tout inintelligible. Il faut davantage prendre le temps de relier pour structurer et complexifier. car, tout devient nettement plus intelligible dans leur reliance avec leur contexte et leur environnement. En ce sens, le discours politique doit se dépouiller de ses légèretés, trivialités et banalités pour s’étoffer de rationalité, de méthodes et d'humanité. 

Est-ce pourquoi les valeurs de l'écosystème organisationnel et les comportements humains sont tout aussi déterminantes pour la stabilité et la performance. Objectivement, pour changer de système et s’éjecter de la trajectoire de l’échec, il faut aussi et surtout commencer par changer de repère en changeant nos attitudes et nos habitudes. Il faut donc d'abord humaniser l'écosystème pour rendre à chacun la dignité propre à fortifier engagement et responsabilités. Il faut que les acteurs du changement incarnent résolument le changement qu'ils prônent. C’est le message que, du reste, nous avons véhiculé dans un ouvrage qui sera disponible sous peu : Initiative pour un manifeste éthique. Voir la Couverture et Lire le résumé


Erno Renoncourt
07/02/2019


             Menu du blogue                                                                                           Le défi struturel haïtien