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Aux Origines de l'État de Passe-Droit

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Au commencement était l’indigence rose

EtatPasseDroit

Rouge de colère et ivre de justice, l’aube de l’état de droit s’était levée sur Haïti un matin de 7 février 1986. Des cris de joie célébraient la fin du règne des tontons-macoutes. Les rues rougeoyaient de colère, enflammées par les échos des plaintes et des horreurs de 29 années de barbarie au service d’un pouvoir personnel dont la répression, la corruption et la jouissance étaient les attributs.


Alors qu’on écrivait les partitions de l’État de droit, nourries par les notes rougeoyantes de la demande de justice populaire, un chef d’orchestre de l’ombre avait cru opportun de laisser résonner dans l’air du temps des contre notes d’une pâleur rose pour équilibrer le lyrisme révolutionnaire dominant. Ainsi, tandis que les rues se paraient de rouge et s’enflammaient sous les feux des revendications populaires, les nuits des quartiers chics de Pétion Ville brillaient de rose dans une ambiance insouciante où des flots d’obscénités se répandaient comme des contre chants. La rose était retenue comme étendard de jouissance et d’insouciance pour repousser l’épouvante rouge de la militance.


Ainsi, au commencement était la couleur rose. En ce temps, ce n’était encore que vibrations ludiques inter-dites. Ce n’était que vulgarités murmurées dans l’entre soi des maisons closes de Pétion Ville. On croyait que ces résonnances frénétiques, s’échappant des trous d’air bordant les baies vitrées des espaces luxueux, n’étaient que de simples appels exotiques pour une sensualité débridée. On se disait que ce n’était que grivoiseries assumées. On se persuadait que ce n’était que le destin travesti d’un amuseur de scène. Un chantre déjanté qui berçait et ar-rosait d’obscénités les nuits nostalgiques des jouisseurs et jouisseuses du jean-claudisme fraichement déchouqué


Alors, on ne s’en préoccupait guère. Et même qu’il arrivait aux plus aguerris des démocrates et des progressistes de l’après Duvalier de faufiler vers ces lieux de plaisirs débridés pour s’entremêler entre gens aimant la belle vie. Macoutes et démocrates de bonne famille se retrouvaient dans un entre soi sélectif et jouissif pour faire la fête sans considération idéologique. Pourtant ce n’était pas que cela. Ce n’est jamais rien que cela. Selon Albert Camus, c’est toujours par des chemins détournés, empruntés comme des raccourcis, que la servitude s’attaque à la liberté. L’indigence en fait autant quand elle s’attaque à la culture démocratique.


En haut lieu une stratégie était définie pour plomber l’édifice démocratique en construction, à partir de l’intérieur. Et tout devait être fait pour cela apparaisse comme un lent pourrissement résultant de la défaillance du leadership national. Une stratégie efficace pour créer et maintenir la dépendance et générer de l’impuissance et de la frustration. Il fallait introduire le ver dans la semence pour que, porté à maturité, à la saison de la récolte, le fruit ne soit que pourriture. Quelle aubaine alors que de s’infiltrer par les fissures existantes !


En effet, dans le cerveau lent du militant petit-bourgeois haïtien, il y a une fissure nommée imposture qui délimite des frontières nettes entre la militance et l’existence. Au nom d’une certaine insouciance, dans sa conscience nivelée vers le bas, le militant petit-bourgeois délimite des espaces exclusifs réservés à la jouissance, aux connivences et aux accointances. Il n’y a pas de passerelles qui relient ces espaces. Il n’y a pas de repères de valeurs pour hiérarchiser ces espaces et définir une ligne de vie responsable et cohérente. En ces lieux, on ne mélangeait pas les combats. On milite à gauche, on fait des affaires à droite et on s’encanaille de droite à gauche. Pourvu que la révolution ne vienne jamais imposer de vraie tranchée, de vraie face à face. Car au-delà de l’idéologie du mouvement et des consignes du parti qui regroupent fébrilement, il y a des liens plus forts. Des liens de sang, des liens de cœur, des liens d’affaires, des liens de culte, des liens d’escroquerie. Ainsi, macoutes et communistes, démocrates et putchistes se côtoient dans le même hounfort (temple vodou) et il n’est pas rare de voir le communiste et le démocrate s’agenouiller pour prêter allégeance au macoute et au putchiste. Pasteurs et trafiquants, cardinaux et délinquants s’associent en affaires et investissent dans le même business d’escroquerie. Et il n’est pas rare de voir que ce soit le pasteur et le cardinal qui soient les concepteurs du modèle d’affaires (business plan).


 Et quand sur des théâtres mouvants, le jeu politique force à couper, c’est toujours l’imposture qui décide, selon les intérêts en jeu et non selon les valeurs et la conviction. Rien n’est jamais tranché d’avance. Tout est dans l’opportunité du moment. C’est le temps qui fait germer la rose. C’est le vent qui dicte l’orientation. Et l’important, c’est la rose.


L‘imposture est une faille qui attaque la conscience en prenant des raccourcis par les fissures que nous portons tous comme autant de médiocrités personnelles. La rose indigente a été ensemencée à l’origine pour qu’elle croisse à côté de la nouvelle végétation démocratique en germination. Ainsi, elle s’attaquerait de l’intérieur et minerait la culture démocratique sans qu’on y prête grande attention. Ainsi, mille vibrations acoustiques propulsaient les basses sonorités culturelles qui, tout sillonnant les trottoirs de Pétion Ville, rythmaient aussi les cadences unisexes et els soirées arrosées de la génération de la transition vers la démocratie. Détournées en attractions sympathiques, ces sonorités étaient déversées comme un flux continu pour remplir l’espace qui se dérobait et échappait aux structures de la dictature.


Maintenir la dépendance par la stratégie de l'implosion

La perversion « Sweet Micky » a été introduite comme une distraction artistique, comme l’expression d’un goût musical libertin, pour réguler l’écosystème de la démocratie naissante. C’est la stratégie des contre feux. L’état de passe-droit doit faire grimacer l’État de droit. Ainsi, puisque l’expression démocratique passe par le langage et porte la liberté du bout des droits de l’homme jusqu’au corps de la femme, il fallait y ajouter un arome d’interdit. Il fallait introduire un air d’opprobre sur ces territoires de liberté retrouvés. Une liberté en appelant une autre, il fallait que la démocratie recherchée soit fourvoyée pour que la nuit soit la seule saison dans laquelle s’épanouit l’indigence.


C’est toujours ainsi que l’indigence procède. Elle affaiblit toujours le progrès de l’intérieur. Elle prend toujours de vitesse les mouvements de contestation en y intégrant à l’origine, dès la naissance les mauvais grains qui viendront, au moment opportun, de la floraison, de contaminer la récolte. Lavalas a été infiltré par des courants qui ont lancé l’assaut contre Lavalas de l’intérieur. Ce n’était pas nécessaire de court-circuiter Grenn Nan Bounda, de l’intérieur, puisque c’était un mouvent réactionnaire. A tout le moins, le leadership était aux mains de la réaction, même si à la base il y a eu des militants et des sympathisants qui, de bonne foi, avaient cru à un vrai mouvement pour le changement. Et ceux-ci doivent encore attendre le contrat social brandi et promis. Peut-être qu’il viendra avec la troisième voie.


De toute certitude, ce qui fut, sera. Si cela s’est passé avec les mouvements de contestation de 1986, cela se refera encore. Et il est hautement probable que le mouvement de contestation Petro Challenge ait été aussi pris en charge et encadré à l’origine pour qu’il ne déborde pas du cadre qui doit maintenir la dépendance. Il faut se dire que derrière cette stratégie d’implosion des mouvements sociaux et politiques, il y a un objectif géopolitique. Il faut discréditer et décrédibiliser le leadership local, il faut miner la capacité de résistance locale, il faut plomber l’écosystème par un impensé structurel pour que l’expertise internationale soit toujours sollicitée et privilégiée.


Tout est mis en œuvre pour que le pays vive dans un sentiment permanent d’impuissance. Tout est programmé pour que règne un impensé structurel sous la perversion du leadership. Tout est galvaudé. Tout est trafiqué. L’État de droit n’est qu’un centre de passe droits qui donne la primauté à l’impunité en restant sous influence des accointances mafieuses. Un projet de renforcement institutionnel n’est qu’un ensemble de petites activités financées sur un cycle court dans un double objectif. Le premier est de produire, à destination du bailleur et du donateur qui doivent rendre des comptes de leurs finances aux autorités de leur pays, un rapport comptable agrémenté de quelques rafistolages pour justifier les fonds mobilisés et reçus. Le second, plus stratégique, est d’affaiblir la cohérence de la gouvernance publique en multipliant les défaillances des institutions publiques pour maintenir une dépendance stratégique vis à vis de la communauté internationale et de sa prétendue expertise.


C’est d’ailleurs cette expertise obsolète, sélectionnée sur mesure, avec des directives stratégiques orientées vers la déstabilisation, qui a conduit le processus de renforcement des institutions de l’État de droit pendant ces 32 années. Et le résultat est éloquent. Tout est défaillant. Dans la conception de projets, on s’est arrangé pour jeter le petit grain anodin de perversion qui doit pourtant enrayer la mécanique. De sorte que rien ne puisse fonctionner de manière autonome et qu’on soit dans une perpétuelle dépendance. Cette stratégie ne peut réussir que si le leadership national reste impuissant et insignifiant. Ainsi toute l’aide internationale à Haïti, qu’elle soit politique, culturelle, économique, technique technologique est orientée vers l’activation d’un fumier qui rayonnera d’enfumage. C’est la stratégie de la promotion du pire pour maintenir le statu quo par l’équilibre des médiocres.


L’impuissance racontée aux Petro Challengers

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’entêtement de la communauté internationale à maintenir un pouvoir corrompu de plus en plus isolé et décrié. Le seul argument que les rares soutiens du PHTK peuvent opposer à la destitution du pouvoir actuel est de dire : qu’en face il n’y a pas mieux.  Au vrai, ceci n’est qu’un prétexte. La stratégie est bien connue : avec les médias de service et les Petro éditorialises, les stratèges de l'ombre se sont arrangés pour que ce soit la même version hideuse du leadership qui apparaisse comme alternative. 

Dans la rue, ils ont maintenu le spectre de Lavalas comme épouvante pour justifier la corruption actuelle. Dans la mesure où aucun jugement n'est venu confirmer ou infirmer, depuis 2004, les malversations énoncées dans le rapport Paul Denis, l'objectif ne peut être que d'avoir un équilibre de forces pour semer le doute et discréditer toute contestation véritable contre la corruption. De sorte que le premier qui dénoncera PHTK se verra taxé de Lavalas par un rappel que ceux-ci aussi en avaient fait autant. Comme si la corruption des uns pouvait couvrir la corruption des autres.

Avez-vous vu avec quel empressement, les PHTKistes et alliés ont sorti les vieux journaux pour relier la mort du journaliste de Radio Sans Fin à Lavalas ? En toute intelligence, il faut douter que la vérité puisse être ailleurs. Car le bon sens nous pousse à demander pourquoi avec un tel passé et avec PHTK possédant les pleins pouvoirs depuis 2011 ce journaliste était en liberté et exerçait librement ? N'y a-t-il pas complaisance, laxisme et complicité des autorités politiques et judiciaires ? Dès lors qu'un alibi est aussi bien conçu et aussi rapidement fourni, il ne peut être que douteux. Ceux qui s'y connaissent un peu en investigation policière savent qu'un alibi reste fragile et irrecevable, s'il tend à disculper de facon trop flagrante un suspect en détournant l'attention sur son ennemi. alors même que celui qui cherche à se disculper avait les moyens d'empêcher le crime.

Mais la sratégie de manipulation de l'opinion ne s'arrête pas dans la rue avec le spectre de Lavalas. Parallèlement, sur les réseaux sociaux, ils ont créé une bulle virtuelle avec le mouvement des Petro Challengers. Et, fidèles à leur habitude, les stratèges de l'ombre ont aussitôt phagocyté et plombé ce mouvement. Cette fois-ci, ils jouent la stratégie de l'impuissance utile au système. Ils font tout pour maintenir ce mouvement dans une obsession de contestation citoyenne docile, bon enfant et donc futile. Car, dépouillé de conscience de classe, dépourvu de maturité politique, dans cette impuissance actuelle et cette absence de reliance avec le peuple, Petro Challenge ne peut être qu’utile au système. Et même dans sa version la plus radicale, ce mouvement reste puéril, car il nage dans un infantilisme politique qui l’empêche d’avoir la conscience de classe pour identifier et prendre position contre les vrais ennemis du changement. Dès lors, il ne peut que reproduire l’imposture de tous les mouvements petits bourgeois qui l’ont précédé : s’abreuver à la table des fossoyeurs de l’Etat de Droit, chercher à plaire aux concepteurs de l’État de Passe-droit pour devenir la version relookée de l’indigence…en attendant que la pourriture semée a l’origine arrive à maturité et gangrène la récolte.


Le PHTK de Martelly et ses alliés du secteur privé et de la communauté internationale peuvent dormir sur leurs lauriers de corruption et d’indigence. Les vociférations de la rue, les tours de piste religieuses à la Jéricho des Petro Challengers, les notes de protestation de la société civile n’y changeront rien. L’impuissance collective est là. L'imposture aussi. Elles s’étalent dans sa splendeur. Elles livre le spectacle d’un peuple insignifiant qui ne peut pas décider de son destin et qui laisse à d’autres le soin de penser sa stratégie. Ainsi il est presque sûr que rien ne se passera dans les prochains jours.

Ainsi tout laisse croire que la rose continuera de s’imposer comme nuance dominante de l’écosystème politique haïtien. Les artefacts roses seront multipliés. Bracelets, t-shirts, calendriers, posters. Pour être Ministre ou secrétaire d’État, il faudra faire allégeance et étalage de rose. Les plus discrets porteront un slip ou un tanga, mais devront passer au guichet du prince pour prouver l’authenticité de la couleur. Même les ambassadeurs recommenceront à porter leur bracelet rose comme un certain ambassadeur français entre 2011 et 2012 donnait l’exemple.

Quel sale temps, ce fut pour l’intelligence ! Malheureusement, l’histoire gardant la mémoire des indigences, ce qui fut, sera. Sauf si le peuple retrouve sa dignité et décide dans une unité historique intelligente, sous le leadership d’une avant-garde responsable, d’identifier ses ennemis de l’intérieur, de se regrouper avec ses vrais alliés pour affronter les monstres qui l’effraient et le maintiennent dans sa déchéance.


Erno Renoncourt

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