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Des fonds détournés au rapport retourné : que de non-dits !

Les non-dits du scandale Petro Caribe

Jovenel Moïse ou l’art du détournement !

Une fois de plus, Haïti revient au-devant de la scène internationale. Et pour des faits pas trop élogieux. Cette saison, c’est le dossier Petro Caribe qui vient confirmer un certain postulat laissant croire que l’espace géographique de la première nation nègre indépendante du monde est traversé par un cycle destructeur porté tantôt par des ondes cycloniques, tantôt par des ondes sismiques et constamment par des ondes politiques provoquées.

Il a fallu que la Cour Supérieure des Comptes et des Contentieux Administratifs (CSCCA) en Haïti publie, en cette fin du mois de mai, une seconde partie, plus significative, du rapport sur la gestion des fonds de Petro Caribe pour que le voile se lève sur l’escroquerie au pouvoir.

Soudain, alors même que les pays réunis au sein du sacrosaint CoreGroup apportaient leur soutien infaillible au pouvoir en place, les médias internationaux, d’habitude circonspects, quand il s’agit de dire la vérité, découvrent que la réalité du pouvoir en Haïti est aux mains de redoutables escrocs. Hélas, ces médias, dans leur aveuglément, avaient refusé de voir les tours de passe électoraux mis en œuvre pour transformer l’état de droit en un état de passe-droit. Jamais ces médias n’ont cru utile d’informer les populations de leur pays sur le rôle de leurs ambassades respectives dans ce qui a été conçu, pensé et programmé comme espace juridico-politique légal pour assurer l’impunité aux trafiquants de toute espèce, aux criminels génocidaires en puissance et aux délinquants et aux gangsters à col blanc dévoués à la cause de l’escroquerie internationale.

Ainsi est né le banditisme légal en Haïti. Ainsi, le PHTK, parti politique essentiellement gangstérisé, mais ayant de puissants alliés économiques et diplomatiques, a été reconduit au pouvoir en 2017, par l’entremise de Jovenel Moise, en parfaite connaissance de son affiliation au réseau d’accointances économiques mafieuses. Malgré un bilan humain, institutionnel, économique et social chaotique, laissé par son prédécesseur Michel Martelly, malgré un volumineux rapport de l’Unité Contre le Crime Économique et Financier (UCREF) en 2016, Jovenel Moïse a reçu l’appui de tout le secteur privé haïtien et du corps diplomatique représenté en CORE GROUP par les Etats Unis, la France, le Canada, l’Allemagne et le Brésil.

Du rapport de l'UCREF, l'épinglant comme blanchisseur d'argent, en passant par le rapport de l'Unité de lutte contre la corruption, l'indexant comme bénéficiaire de prêts douteux, ayant conduit à la faillite d'une banque d'État nommée Banque Populaire Haïtienne, au rapport de la CSCCA, le plaçant au cœur d'une stratégie de détournement de fonds, Jovenel Moise, cet agriculteur inconnu de la population haïtienne jusqu'en 2014, fait président en 2017, se révèle être un spécialiste dans l'art du détournement.

Le pacte écono-diplomatique indigent
Jamais dans l’histoire récente d’Haïti, un président, dont le parti politique, ayant de si lourds déficits démocratiques, n’a reçu de si puissants soutiens diplomatiques exprimés publiquement. Jamais un pouvoir, dont les officiels et les proches, les militants et le sympathisants, épinglés en cascade dans des faits de détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent, de trafics d’armes et de stupéfiants, de criminalité à grande échelle, de crimes, et de massacres sur la population civile, de crimes économiques au préjudice de la société et de la population, de kidnapping et de viols, n’a reçu autant d’aide financière et technique de la communauté internationale.

Pourtant, il n’y a que rafistolage, défaillance et indigence totale. Le bilan est désastreux. Si bien que l’on s’étonne qu’un régime politique aussi techniquement assisté par l’expertise des agences internationales (PNUD, MINUSJUSTH, USAID, UE, BID, AFD) et aussi financièrement soutenu par les bailleurs de fonds internationaux (BID, FMI, Banque Mondiale), ait conduit le pays en seulement 8 ans dans un gouffre qui demandera peut-être un siècle à remonter. On eut dit qu’il s’est noué en haut lieu un pacte indigent conçu par une sainte alliance de forces obscures pour que le leadership national haïtien soit laissé aux mains des indigents qui doivent conduire la population vers son extermination.

Haïti est l'otage d’un groupe de familles étrangères qui se sont constitués à la fois hommes d'affaires et consuls honoraires de pays étrangers. C'est une nébuleuse au cœur de toutes les stratégies mafieuses et qui a besoin d'un bras politique criminel et corrompu. Jovenel Moïse a été choisi en connaissance de cause par les élites d'affaires qui jouissent de leurs accointances diplomatiques tout en jouant les banquiers des gangs qui contrôlent le pays au millimètre carré.

C’est un vrai projet d’extinction de la population haïtienne qui est en œuvre. Sans exagération, on peut dire qu’Haïti est en train d’être « Gaza-isée». Le processus est si bien entamé que certains observateurs voient dans la précarité immense qui règne en Haïti une mutation indigente des classes moyennes en « Crasses Prolétariennes ». C’est elle qui conditionne l’adaptation des élites culturelles et des forces de la société civile à cette déshumanisation. C’est elle qui pousse la population à accepter le statu quo sans aucune révolte collective en cherchant à survivre ou à fuir vers d’autres ailleurs.

Trouver la pertinence derrière l’évidence

Si tout nous pousse à déserter le territoire, il doit bien y avoir une raison. Ainsi, les échos retentissants dans la presse internationale du rapport de petro caribe levant le voile sur la statue d’escroc de Jovenel Moïse ne peut être qu’une diversion pour nous éloigner de l’essentiel. On nous sert ce qui est évident pour nous cacher ce qui est pertinent.

Car au fond, si les médias internationaux faisaient un travail objectif sur Haïti, ils pousseraient les citoyens de leur pays à se demander pourquoi leurs ambassadeurs en Haïti appuient sans aucune retenue diplomatique des corrompus et des gangsters au pouvoir. Ils les inciteraient à demander des comptes a leur propre gouvernement pour comprendre pourquoi malgré un appui diplomatique aussi soutenu, depuis des années, tout reste indigent dans ce pays martyrisé ?  

Car on est en droit de se demander s’il n’y aurait pas un lien ténu entre le gangstérisme politique qui fleurit en Haïti et les soutiens diplomatiques de plus en plus indigents ? Et même que ce serait intelligent d’explorer le sens du lien : sont-ce les soutiens diplomatiques indigents qui structurent le gangstérisme ? Ou est-ce le gangstérisme qui, par lobbying interposé ou rétrocommissions diplomatiques sur les fonds publics détournés, influence les diplomates accrédités en Haïti ?

Le rapport détourné

En vérité, on ne doit pas perdre de vue que dire que le président haïtien est au cœur d'une stratégie de détournements de fonds signifie qu’il a bénéficié en haut lieu d’expertise bancaire, d’expertise en dissimulation ou de transferts de fonds vers l’étranger (peut être bien la valise diplomatique), bref de tout l’appui de réseaux financiers locaux et internationaux qui sont contrôlés par le secteur privé haïtien et passés au crible des ambassades depuis l’adoption de la loi DeRisking sur les risques financiers relatifs au financement du terrorisme.
 
Ainsi, les acteurs du secteur privé haïtien qui ont porté et financé le projet politique « Nèg Bannann lan » et les acteurs diplomatiques étrangers qui ont cautionné qu'un inculpé soit investi comme garant de la bonne marche des institutions d’un pays en voie de construction démocratique sont les vrais concepteurs et les vrais architectes de la corruption et de l'instabilité en Haïti. En ce sens le rapport de la CSCCA confirmant l’implication de Jovenel Moise dans le détournement de centaines de millions de dollars, pour instructif qu’il soit, peut n’être qu’un rapport détourné. Lisez un rapport tronqué qui cherche à imputer toute l’infamie de ce crime économique sur les épaules de celui qui n’a été qu’un prête nom aux mains de l’escroquerie économique constituée.
 
Loin de cette réflexion l’idée de disculper le président Jovenel Moise. Fidèle à la pensée complexe qui la guide, elle ne cherche qu’à jeter des ombres sur les évidences pour révéler les contours obscurs de ce que l’on projette à dessein comme lumière mais qui n’est qu’un brumeux écran de fumée. Un enfumage, j’allais dire. Dans un contexte de « crassification » où les universitaires et les intellectuels désertent la pensée critique et renoncent a la vérité pour gérer les subventions, leur employabilité en se contentant de se remplir la panse, il faut que des voix courageuses s’élèvent au prix de tous les risques pour « brandir les étendards de la vérité, de la dignité au nom de cette PoÉthique de la vie qui reste notre seule intelligibilité.
 
Ceci étant dit, Au-delà du rapport de Petro Caribe, le plus grand problème d’Haïti n'est pas Jovenel Moïse mais le secteur privé des affaires et les diplomates étrangers qui l'ont fabriqué à partir de rien pour en faire un monstre hideux. Un monstre au service d’une économie haïtienne exclusivement basée sur la corruption. Un monstre qui assure la bonne marche des institutions d’un État de passe-droit. Un monstre qui assure la gouvernance d’une administration publique pensée, conçue et programmée pour voler, dilapider et détourner. Un monstre qui offre de juteuses affaires à une administration privée qui produit les services pour une économie du crime et de la corruption.
 
L'espace stratégique haïtien est délimité par les axes de trois piliers qui forment un triptyque indigent : un système politique clochardisé et gangstérisé comme bras politique d’une économie criminalisée sous protection d’une diplomatie pervertie et de plus en plus dépouillée de valeurs.

Voici l'affreuse réalité à transformer. Elle demande intelligence éthique, compétence technique et technologique, engagement sincère et solidarité collective. De sorte que les évidences de Corruption et de détournement qui sont étalées dans le rapport de la Cour des Comptes sur la gestion des fonds de Petro Caribe sont un désaveu complet d’un système économique que les forces obscures cherchent à maintenir.

C'est une vraie usine à gaz qui s'expose à l’air libre, révélant les failles béantes d’une structure indigente qu’on rafistole depuis deux siècles. Elle livre aussi l’immense irresponsabilité de ceux et celles qui en situation de décision agissent davantage pour protéger leur zone de confort que pour protéger la société et l’intérêt national. Elle renseigne aussi sur l’indignité des gens de savoir qui préfèrent détourner la vue, se taire ou fuir pour survivre à la précarité. Au nom d’une conception indigente du succès, ils ont trafiqué leur savoir, le rendant futile, en s’efforçant de rester docile et utile au maintien du statu quo.

De l'équation de l'indigence aux solutions d'intelligence : Trouver la bonne mesure !
En publiant cette tribune, j’essaie, peut être avec insolence et colère, mais heureusement avec humilité et intelligence, de dire quand il faut poser avec rigueur le problème du changement en contexte d'indigence, la plus grande inertie à vaincre reste et demeure l'imposture. Et elle est surtout l'apanage de ceux qui revendiquent l’enfumage du savoir, du pouvoir, de la culture et des titres. Ne regardez pas dans la direction qu’on vous montre à dessein pour vous détourner de vos vrais ennemis. Martelly, Jovenel sont des écrans derrière lesquels agissent des gens de savoir et de grande culture. De sorte que le problème haïtien reste et demeure celui de ceux qui ont accédé aux titres et aux enfumages académiques, mais qui manquent de valeurs, de dignité pour que le savoir les pénètre, les illumine et les transforme en éclaireurs de la population

Car si les gens de bien agissaient pour renforcer les digues, celles-ci serviront à protéger le littoral de l’érosion des contours. Rappelez-vous la métaphore du phare : elle brille parce qu'elle est éclairée de l’intérieur et elle brille, non pour aveugler et enfumer, mais pour éclairer plus loin qu'elle, pour éloigner des côtes dangereuses, les marins qui naviguent dans le noir.

L'éthique comme ultime thérapie pour éviter l'extinction
Je reste convaincu que pour puissants que soient les politiques et les réseaux mafieux, ils ne pourraient à eux seuls enrayer et subjuguer la détermination et l’engagement de plus de 10 millions de gens. Les héros ont besoin d’adjuvants. Le chaos haïtien est dû à l'improbable capacité éthique des gens de savoir et de pouvoir. Dès que le savoir est illuminé par la conscience éthique, il produit la reliance qui lui permet d'être un rempart et une protection contre l'érosion des contours portées par les médiocrités humaines.

Bien qu’au fond du gouffre, Haïti ne doit pas céder à la panique. Elle doit cesser de célébrer le vice, la malice et la fourberie comme marqueurs d'intelligence et de réussite et se dire que l’Éthique reste le défi majeur pour un peuple qui veut se défaire de l’emprise de la corruption. Elle doit s’éloigner des lieux de profonde opacité pour se rapprocher des régions illuminées par la Transparence. Elle doit s’assumer et devenir plus Responsable que jamais dans la prise en main de son destin. Elle doit privilégier l’Intégrité et l’Engagement pour que la Redevabilité soit la nouvelle norme et le marqueur d’une régénérescence a construire C’est seulement en s’offrant les moyens de penser ses stratégies de manière autonome qu’elle trouvera l’étincelle et l’intelligence pour construire patiemment l’ÉTRIER qui permettra d’assurer la remontée vers la lumière.

Manifestement, la vitesse avec laquelle Haïti se précipite dans le gouffre obscur qu’on lui a construit est déterminée par des médiocrités personnelles et professionnelles servant d’engins à propulsion indigente : Imposture, Irresponsabilité, Impunité et Indignité. Tant que les bonnes variables ne sont pas intégrées dans l'équation de l'indigence, il n’y aura aucune intelligence qui jaillira pour apporter l’espérance.

Puisse ce rapport sur le détournement ne pas nous détourner de nos vrais ennemis et des vraies causes de nos malheurs.

Erno Renoncourt


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