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Le mythe des bonnes écoles !

Construire le standard de qualité d'une bonne école

BonneEcole
Affirmer qu'une école est bonne ou mauvaise revient à poser un jugement de valeur sur le dispositif enseignement/apprentissage, en tant que processus éducatif, mis en œuvre par cette école. Un tel jugement de valeur renvoie au respect ou au non-respect d'un ensemble de critères, de principes et de de normes que doit satisfaire l'éducation dispensée par cette école selon un référentiel qui serait un standard de qualité.  

La littérature disponible sur la qualité de l'éducation nous dit que ces principes peuvent porter objectivement sur la qualité des enseignants, la qualité des outils pédagogiques, la qualité des programmes d'enseignement ainsi que sur la qualité de l'environnement et de la gouvernance pédagogique. Ainsi, enseignants, curriculum, infrastructures et gouvernance éducative seraient les intrants d'un système éducatif de qualité (Normes et standards sur la qualité en éducation).
 
Mais quand on parle de système dans une approche orientée processus, il ne faut pas se contenter d'énumérer les intrants; il faut aussi analyser les extrants qui sont les produits du processus et qui deviennent objectivement les seuls éléments capables d'attester de la qualité du processus et de la valeur du système. Dans ce contexte, mesurer la qualité d'une bonne école en se référant uniquement à la qualité de l'enseignement dispensé (intrants) serait un défaut de qualité pour notre évaluation selon le système du management de la qualité. En effet, selon la documentation ISO 9000 / 9001   relative aux principes du management de la qualité, "les résultats sont obtenus de manière plus efficace quand les activés sont appropriées comme des processus corrélés fonctionnant dans un système cohérent". Aussi, faut-il regarder la qualité d'une manière plus globale, en y incluant les produits; ce qui nous amène à proposer une définition de ce qu'est l'école et une description de ce que doit être la mission de l'école.
 
Et c'est là que la conception de DEWEY qui voit l'école comme un processus permettant de "former quelqu'un à quelque chose et pour quelque chose" prend tout son sens. De ce fait, parler d'école, c'est parler d'un cycle complet de scolarisation, d'instruction, d'éducation et de formation au bout duquel il résulte une transformation comme finalité sociale. De ce lieu, Il découle logiquement que la qualité de l'école ne peut être évaluée qu'à travers une mission; c'est à dire une capacité à transmettre des savoirs, des valeurs permettant de mobiliser des individus, au nom de causes nobles, pour agir et transformer leur environnement. (Réf: Penser l'éducation avec Dewey).  
 
Objectivement, dans ses finalités de mission et dans ses perspectives de qualité, l'école rejoint la pensée managériale qui préconise la mise en œuvre d'un certain savoir et/ou savoir-faire comme une "prag-matique des systèmes humains, cherchant à mobiliser des énergies en vue d’atteindre un objectif commun ou bien de faire réussir les entreprises humaines". In fine, le standard éducatif de qualité devient un outil pour conduire le changement, transformer l'organisation sociale et faire réussir les institutions et les entreprises. Dès lors, comme dans tout système, " les finalités du système éducatif ne s'expriment qu'à travers ses échanges avec ses environnements. Il en ressort que ce n'est pas dans l'école, mais hors de l'école qu'il faut trouver les preuves de la qualité d'une bonne école /  

Le paysage éducatif haïtien : une éducation à plusieurs vitesses

La référence à un tel standard de qualité suppose l'existence d'un cadre normatif capable de garantir le bon fonctionnement des institutions éducatives dans leur rôle d'instruction, d'éducation, de formation et de socialisation des citoyens. Un tel cadre est généralement formulé par des directives officielles qui tiennent lieu d'orientation et de principes pour un service public d'éducation dont l'État serait le concepteur et le garant. La constitution haïtienne, quoique peu explicite sur la formulation d'un tel service public, en fait cependant allusion à la section F relative à la thématique ”De l'Éducation et de l'Enseignement" notamment dans les articles 32, 32-1, 32-2, 32-3.

Ainsi un système d'éducation de qualité suppose la nécessité d'un service public d'éducation qui serait le socle commun partagé par toutes les institutions. Un tel socle ferait de l'éducation la pierre angulaire d'un projet national pour lequel les citoyens mobiliseraient les savoirs et les connaissances reçus. C'est le fameux " former à quelque chose pour quelque chose".  Un tel socle garantirait en particulier le principe de l'égalité de l'enseignement notamment par l'uniformisation des programmes afin que les individus aient les mêmes chances d'accès à une éducation de qualité sans distinction relative à leur origine sociale et à leur niveau économique. Que cela soit dit, Il ne s'agit pas d'un rêve d'égalité absolue, qui n'existe d'ailleurs nulle part. IL s'agit bien plus d'un socle commun garantissant, qu'au niveau des intrants, les différences ne soient pas trop criantes au risque de donner lieu à l'émergence de citoyens inégaux.

Il n'est pas certain qu'un tel cadre égalitaire minimal existe en Haïti. Au vrai, le paysage éducatif haïtien est modelé par la réalité de nombreux modèles d'école. On peut même oser parler d'école à plusieurs vitesses tant l'offre de l'éducation est diversifiée et reflète de façon criante les inégalités sociales et les clivages de classe qui traversent la société haïtienne. Constat ressorti dans pluieurs études ayant conduit à des publications dont celle de Louis Auguste Joint.
 
Conséquemment, il en résulte une organisation scolaire qui échappe au contrôle des pouvoirs publics et qui permet à chaque école d'adapter à sa façon et à sa clientèle son offre éducative. Ainsi, on trouve les écoles des riches, les écoles des classes moyennes et les écoles des pauvres. A l'intérieur de ces catégories, on peut encore trouver des niveaux énormes de différenciation. Ainsi, les écoles des riches, ou de ceux qui s'assimilent comme tels, se différencient tant par leur offre de formation linguistique que par la vocation de la formation dispensée: écoles internationales américaines, écoles internationales françaises, écoles internationales bilingues. De même, les écoles des classes moyennes se divisent aussi en sous catégories présentant une offre éducative orientée vers les programmes internationaux et une offre éducative orientée vers les programmes nationaux. Quant aux écoles des pauvres, il y a de la place aussi pour des différenciations qui donnent lieu à des offres d'éducation pour la population urbaine des villes, la population urbaine des bidons-villes et la population rurale constituée des gens d'en dehors. 
 
Cette stratification de l'organisation de l'enseignement haïtien ne serait pas inquiétante pour le projet national et la formation des citoyens si l'état avait le monopole ou le contrôle des institutions éducatives (tout au moins au niveau primaire et secondaire). Mais la réalité est tout autre. Puisqu’en effet, d'après des statistiques publiées par la Banque Mondiale  selon le Nouvelliste

"95 % des enfants en âge préscolaire, 82 % des élèves enregistrés dans le secteur primaire et 75 % des élèves du cycle du secondaire ou du troisième cycle fréquentent le secteur non public de l’éducation en Haïti."
Ces statistiques tendent à confirmer que l'offre de l'éducation en Haïti est concentrée aux mains d'acteurs particuliers qui souvent méconnaissent et dédaignent, par ignorance ou par motivation du profit, la mission et les grands principes de l'école et se voient davantage en entrepreneurs faisant fructifier un business, un fonds de commerce. De fait, Les pouvoirs publics ne contrôlent que 9% des établissements scolaires qui desservent 20% de la population des apprenants selon la UNICEF. D'autres études laissent croire que l'offre éducative du secteur public ne s'adresse qu'à 15% ou 17% de la population scolaire. Dans ces conditions, il reste très peu de leviers pour construire un service public de l'éducation et définir un socle commun sur lequel émergerait un certain projet national.
 
L'incohérence et les inégalités dans les apprentissages comme obstacles à la qualité

A travers ce constat d'incapacité de l'état haïtien à pouvoir assumer le pilotage du système éducatif, nous déduisons l'existence de zones d'incohérence et de situations d'inégalité dans le système éducatif. Comme incohérence du système on peut retenir le fait que l'état haïtien n'a, ou ne se donne, aucun moyen, pour assurer le principe de l'homogénéité des programmes du fait de l'existence de nombreuses écoles qui adhèrent à des curriculum étrangers offrant ainsi à ceux qui ont les moyens le privilège d'accéder à un programme d'éducation différent de celui validé par l'autorité compétente. En outre, même pour ceux qui suivent les mêmes programmes, il y a un autre niveau d'incohérence induit par le non-respect du principe de continuité des programmes, selon qu'ils appartiennent aux écoles publiques ou aux écoles privées. En effet, on sait combien les élèves des écoles publiques sont affectés par des situations de grève qui les privent souvent de longues semaines et même de longs mois de cours. A cela, il faut ajouter l'absentéisme chronique de certains enseignants qui, dans une totale indécence, privent les élèves des lycées du droit de suivre les programmes dans leur intégralité. Ces incohérences induisent de fait de grandes inégalités.
 
C'est un point de vue partagé par de nombreux chercheurs dont Louis Auguste Joint qui, dans son ouvrage Système éducatif et inégalités sociales en Haïti, a montré comment les écoles congrégationnistes contribuent à renforcer les clivages en "maintenant la séparation des classes sociales et en augmentant l'inégalité des chances scolaires". Pour notre part, il ne s'agit pas de revenir sur ces études qui disent déjà presque tout sinon tout sur le paysage éducatif haïtien. Notre propos consiste à demander si ces inégalités et ces incohérences criantes ne constituent pas de sérieux obstacles à un système d'éducation de qualité hypothèquant de fait la notion de bonne école.
 
Si on se réfère aux principes du management de la qualité, notamment au fameux principe 4, qui suggère une approche de processus pour les systèmes, on est en droit de se demander même si la notion de "système éducatif" a un sens en Haïti. Précisons que le concept de "système renvoie à un ensemble d'éléments interagissant entre eux soumis aux mêmes contraintes : même objectif, même ressources, même organisation, même interactions avec l'environnement" (Source)
 
En outre, approcher le système par la notion de processus exige une cohérence au niveau des intrants et au niveau des traitements que ces intrants reçoivent pour les transformer en produits finis. S'il advienne que les intrants et les traitements soient différents, il n'est plus logique de comparer les éléments de sortie. Les différents processus du système deviennent incohérents. De fait, l'existence des inégalités dans les curriculum, dans les évaluations et l'incapacité des autorités étatiques à offrir des réponses à la satisfaction de la clientèle éducative traduisent l'incohérence des différents processus du système éducatif haïtien :
  • Incohérence du processus de réalisation des apprentissages,
  • Incohérence du processus de soutien aux apprentissages,
  • Incohérence du processus de gouvernance des apprentissages.
Rappelons que l'approche processus, est une exigence de l'ISO 9001 qui est une norme internationale spécifiant les critères d'un système de management de la qualité. La non satisfaction de ces critères par les institutions et les organismes qui délivrent des services constitue des obstacles à toute démarche de qualité.
    
Le système éducatif haïtien comme expression de l'impuissance collective

Ayant démontré de par l'incohérence et les inégalités du système éducatif haïtien son incapacité à satisfaire les exigences de qualité selon le référentiel du management de la qualité (SMQ-ISO 9001), il nous faut cependant aller plus loin. En effet, on peut admettre l'hypothèse que le concept haïtien de bonne école ne renvoie pas forcément à des objectifs de qualité selon le standard SMQ de l'ISO 9001. Dans ce cas, il est permis de considérer le concept de bonne école comme renvoyant uniquement à la fabrique de profils de citoyens qui se distinguent des autres.
 
En effet, les inégalités et les incohérences du système éducatif haïtien conduisent à des différenciations dans les formations reçues. Ces différenciations autorisent à croire à une répartition de fait des écoles en bonnes ou mauvaises selon la population qu'elles desservent. Ainsi, de fait, les écoles congrégationnistes et celles plus huppées (à vocation locale ou internationale) qui s'adressent à la clientèle des gens riches ou des classes moyennes aisées ont tendance à se considérer comme des références de bonne école.  
 
Sans leur ravir cette prétention, il nous parait cependant pertinent de chercher dans les comportements et les actions des citoyens formés par l'une ou l'autre de ces catégories d'école les manifestations des différences induites par toute bonne et toute mauvaise formation. De toute évidence, le type de formation dispensé par une bonne école doit porter la marque d'un certain standard. Et il n'est pas exagéré de vouloir trouver l'empreinte de ce standard dans les interactions des hommes avec leur environnement. Rappelez-vous la fameuse injonction de la pensée Deweyienne "former quelqu'un à quelque chose pour quelque chose".
 
C'est d'autant plus légitime de vouloir trouver dans l'action des gens la marque de leur formation et de leur appartenance a une bonne école que le concept standard renvoie a une connotation politique désignant une référence, un haut lieu de mobilisation d'individus pour une cause tout en offrant un repère pour l’action. C'est du moins ce que dit la littérature puisque :

D’après l’Oxford English Dictionnary, le terme standard a été utilisé pour la première fois le 22 août 1138, en référence à la Bataille du Standard, un combat entre les Anglais et les Écossais à Northallerton. Le standard correspondait au mât d’un navire surmonté de drapeaux autour duquel se groupaient les Anglais. Il était appelé standard parce que "c’était là que le courage prenait position pour vaincre ou mourir".  (Source)
Dès lors il devient plus évident à notre entendement qu'une bonne école est celle qui produit des savoirs capables de mobiliser des individus autour de valeurs pour agir et transformer leur environnement dans une dynamique d'intelligence collaborative, même au péril de leur vie. 
 
Hélas, un simple regard sur notre environnement physique et sur nos institutions, sans même remonter très loin dans l'histoire, dit tout de notre système éducatif. Au vrai, le dysfonctionnement de nos institutions, le désespoir collectif qui nous pousse vers des envies d'ailleurs, l'errance de la jeunesse haïtienne en quête de rêves américains, canadiens chiliens ou brésiliens, le triomphe de la médiocrité, la soumission des élites de savoir aux forces de l'argent, les crises récurrentes de nos universités, l'ingouvernabilité du système judiciaire, l'indigence dans laquelle se trouve notre système de santé sont des échos assourdissants d'un échec collectif. 
 
Pourtant même sans disposer de statistiques officielles, il est attesté, à quelques exceptions près, tout au moins sur ces 60 dernières années, que ce sont des hommes et des femmes formés par les bonnes écoles qui ont dirigé et façonné toutes les institutions de ce pays. Mieux encore, durant ces 6 décennies, que de scandales de corruption et de détournement de fonds ; que de gabegie administrative ; que de cas d'escroquerie et de dilapidation des fonds publics. Qui peut douter que les administrations successives de ce pays, des Duvalier aux Militaires, de Lavalas à GNB, de Martelly à Moise, portent l'empreinte des hommes et des femmes de nos bonnes écoles ?  Certes les hommes et les femmes des mauvaises écoles ne sont pas pour rien non plus dans ce désastre collectif mais on pourrait pousser le cynisme jusqu'à dire qu'ils ont au moins le bénéfice d'avoir reçu une mauvaise éducation qui n'a pas su les préparer à l'exercice des responsabilités, de la dignité et de l'honneur. Excuse qu'on ne peut accorder à ceux qui revendiquent d'appartenir aux bonnes écoles.
 
Au vrai, quand on mobilise son savoir et son savoir-faire pour organiser et réussir la banqueroute nationale, mettre à terre toutes les institutions publiques, sans pour autant assurer le succès des entreprises privées, on ne voit pas la marque distinctive du standard d'une quelconque bonne école. Le logiciel éducatif haïtien a failli et porte l'empreinte d'une impuissance collective qui induit des stratégies de petites réussites. 
 
Une nouvelle école pour passer du succès qui enfume à celui qui éclaire

Certains diront que l'appartenance à une bonne école peut se prouver aussi par la réussite de sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Evidemment à travers un usage réducteur du concept de réussite et d’excellence éducative on peut limiter la valeur d'une bonne école au cadre scolaire consistant à l'obtention de bonnes notes aux évaluations officielles et à des succès individuels. Mais on reconnaitra volontiers qu'on sera très loin des standards de qualité qui invitent à des succès collectifs plus éclatants. D'ailleurs, pour paraphraser Albert Jacquard un NOUS sera toujours plus grand et plus beau que la somme de tous les JE. Et la véritable performance d'un individu instruit, éduqué, formé et cultivé devrait consister à "collaborer à l'intelligence collective en insérant son Je dans un Nous plus riche". (Albert Jacquard).
 
Mais même sans référence à cette générosité, à cet humanisme et cette éthique intelligente, on peut légitimement contester la performance individuelle comme marque de fabrique d'une réussite éducative qui mobiliserait savoir et intelligence par le passage dans une bonne école.
 
Il ne fait aucun doute que ceux et celles qui fréquentent en Haïti ces écoles bourgeoises perçues comme modèle de "bonne école" ont toutes les chances d’avoir une vie individuelle et professionnelle réussie parce qu'ils proviennent d’un milieu aisé ayant déjà les accointances politiques, économiques et sociales qui leur ouvriront les portes hors de l’école. C'est moins pour leur intelligence qu'ils réussissent que pour les accointances de leurs parents. Nous ne sommes pas en train de dire, qu'ils ne sont pas intelligents, mais juste que la culture d'affaires qui facilite la réussite dans ce pays ne leur a pas permis de mettre en situation leur savoir, leur éthique et leur savoir-faire. En revanche, ceux et celles qui sont issus des milieux défavorisés et qui se sont révélés brillants durant leur parcours scolaire ont souvent de grandes difficultés à s’immiscer dans la vraie vie et à réussir leur vie professionnelle. Et on aurait tort de croire que c'est à cause d'un quelconque déficit d'intelligence ou de formation provenant de leur appartenance scolaire. C'est de préférence parce que le carnet d’adresse de leurs parents ne contient pas les références et les accointances qui ouvrent les portes et forcent certains succès. 
 
Ainsi, le vrai gage qu'apporte l'appartenance à une bonne école en Haïti est un carnet d'adresse constituant un réseau de "bonnes références" ayant les "bonnes accointances". Et les choses étant ce qu'elles sont, on sait aussi que si la justice fonctionnait dans ce pays et si le climat d'affaires était dicté par des règles éthiques, une bonne partie du réseau provenant de ce carnet d'adresse constituerait l'annuaire des listes de pointage des tribunaux et/ou des centres de détention du pays. Ceci étant dit, empressons-nous de préciser que ce n'est point pour chercher querelle que nous questionnons le modèle de réussite en vigueur. C'est simplement pour rappeler à tous que quand la culture des affaires est dominée par les mauvais arrangements et quand la duperie et la fourberie tendent à se substituer à l'intelligence et à l'intégrité, on ne peut accorder de crédit à certains succès qui ne sont souvent qu'enfumage sinon éloge à la corruption.
 
D'ailleurs, parlant de succès académique et de réussite individuelle, il est important de noter la corrélation sur ces 30 dernières années entre le nombre exponentiel de détenteurs de titres académiques de second et de troisième cycles et le rayonnement de l'indigence dans le pays. Jamais la corrupton ne s'est aussi bien portée, jamais les instititutions étatiques n'ont été aussi discréditées, jamais le désespoir n'a été aussi immense. On serait tenté de trouver une relation de cause à effet, mais notre prudence statistique nous l'interdit. Toutefois, notre éthique professionnelle nous exhorte à rappeler que la vraie réussite est celle qui brille pour éclairer le chemin des autres devenant un flambeau que chaque génération entretient et nourrit pour léguer à la suivante. Toute lumière qui ne brille que pour éclairer son ombre n'est qu'enfumage. 
 
Il est venu le temps de construire en Haïti cette école qui s'appuiera sur une vision et sur des stratégies cohérentes pour transmettre des savoirs et des valeurs qui permettront d'agir pour magnifier l'intelligence collective. Mais cette école ne doit pas être une école où l'on apprend à restituer, à obtenir des notes et à réussir sa petite vie professionnelle. Elle doit être celle où l'on apprend à douter, à questionner, à chercher, à comprendre, à apprendre pour agir et se battre pour des valeurs et pour le collectif. 
 
A ce propos, Il est urgent de rappeler que l'éducation transmise sans vision et dépouillée de valeurs empêche de mobiliser les hommes pour de grandes causes. Et l’histoire tend à montrer qu'en absence de mobilisation pour des causes nobles, les gens sont toujours guidés vers un idéal de succès personnel. Chacun cherche à agir en fonction de sa stratégie individuelle. Il en résulte un savoir sans emprise sur le monde, sans impact sur l'environnement incapable de produire des transformations intelligentes. Les réussites deviennent alors de "petits succès individuels" qui vont peu à peu conduire à des stratégies douteuses, macabres, obscures pour être maintenues. C'est ainsi qu'avec le temps, l'intelligence s'amenuise, s'estompe et devient une indigence qui célèbre l'échec. 
 
Voici l'imposture qui est célébrée en Haïti comme un succès individuel sur fond de mythe de bonne école. Mythe qu'il faut urgemment et patiemment déconstruire pour laisser émerger l'espérance de cette nouvelle école qui portera le projet haïtien et qui permettra aux générations futures d'asurer la mutation éthique : passer du succès qui enfume à celui qui éclaire.

Erno Renoncourt


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