Haïti et l'impensé de la stratégie nationale de gouvernance

La dualité de la cyberindigence: Croissance prédite, chaos entretenu !

MasqueDefaillance
Voix d'oracle, masque de pirate
Suite...
Tels des oracles aux accents sibyllins, annonçant des prophéties de croissance, les experts de la Banque Mondiale ont livré leurs perspectives économiques pour 2020. Selon eux, il se dégage, cette année, « un léger rebond économique pour le monde ». Évidemment, ces perspectives sur la croissance ne prennent pas en compte les colères urbaines, les révoltes populaires qui actent d’un monde de plus en plus injuste, inégalitaire, anti-démocratique et résolument en marche vers un suicide écologique du fait de la soumission des gouvernements aux intérêts de la finance et des banques. Évidemment, au-delà de ces perspectives économiques en légère hausse, ces experts ne diront jamais que la croissance n’est pas un indicateur de progrès pour l’humanité, dans la mesure où elle n’est faite que pour permettre à une minorité de se gaver pendant que la majorité continue de ramer ou de crever.

Au fond, ces prédictions de croissance, quoique truffées de statistiques économiques, participent d’un ensemble de principes inhérents à cette pensée technocratique mutilante et aliénante qui consiste, par simplification et gommage de la réalité, à positiver quelques indicateurs économiques en occultant tout questionnement sur l’origine des défaillances sociales qu’ils induisent. C’est d’ailleurs, sans doute, pourquoi derrière les croissances prédites, nos oracles passent toujours sous silence les chaos qu’ils entretiennent, même quand ils annoncent parfois quelques bugs et quelques défaillances pour certains pays.

C’est notamment le cas pour Haïti qui est le seul pays de la zone Caraïbes pour lequel il est prévu, en 2020, une croissance négative par habitant soit (-1.4). Rappelons que cette croissance est passée de (+1.5) à (-0.9) entre 2018 et 2019. Ce qui confirme une certaine tendance régressive de la courbe de la croissance économique haïtienne depuis la prise de pouvoir du PHTK. Lequel pouvoir, faut-il le rappeler, est maintenu contre la volonté populaire et les intérêts nationaux par le soutien indéfectible de la communauté internationale, notamment grâce à l’expertise des partenaires techniques et financiers d’Haïti dont de la Banque Mondiale et ce malgré son incompétence et sa défaillance chroniques et légendaires.

Aussi, il y a lieu de se demander ce qu’évoque objectivement ce concept de croissance négative dont l’effectivité reste virtuelle, même quand elle est positive, pour un pays qui est maintenu, délibérément par des intérêts géostratégiques et privés, sur la trajectoire d’un cycle de chaos continu et entretenu. Au vrai, il est manifeste, du moins à toute intelligence non subventionnée, que ce cycle de dysfonctionnement permanent et d’instabilité chronique finit par transformer toute stratégie de gouvernance en un véritable impensé organisationnel puisque débouchant sur des initiatives dont la performance doit déstabiliser l’État, pervertir son leadership pour mieux affaiblir et soumettre le collectif qu’il est censé représenter. De fait, la défaillance du service public haïtien et l’assujettissement de l’intérêt général aux intérêts privés et étrangers conduisent à une déficience stratégique qui occulte et dénature la mission de la gouvernance publique et transforme la gouvernance d’entreprise en un réseau d’acteurs non étatiques usurpant toutes les prérogatives étatiques à travers la promotion d’une culture de l’infraction et des mauvais arrangements.

Assistance technique : une chaine d’expertise invariante et aliénante !

Mais peut-on incriminer cette défaillance haïtienne sans questionner l’assistance technique internationale qui la structure, la performe et l’entretienne ? Peut-on inverser la courbe de cette défaillance politique et de cette décroissance économique sans s’attaquer à l’expertise technique et financière qui laisse invariantes les déficiences induites par ses interventions ? Peut-on ignorer le poids de l’assujettissement géopolitique conduisant à l’impensé de la stratégie nationale de gouvernance à travers les projets de renforcement qui assurent le glissement du leadership national vers sa face indigente ? Peut-on faire abstraction de la nature aliénante de l’aide au développement conçue comme arme géostratégique de dépendance ? Comment peut-on s’interdire d’intégrer dans l’analyse de la défaillance haïtienne le contexte international géopolitique conçu comme arme d’étranglement, d’asphyxie, de déstabilisation de tout pays qui revendique une marge d’autonomie ?

Cuba, Venezuela, Bolivie, Irak, Iran, Libye, etc…ne sont-t-ils pas des exemples vivants que l’ordre géopolitique mondial ne tolère pas de gouvernements nationaux qui ne soient pas sous contrôle de son assistance et de sa dépendance ? N’est-ce pas dans une dynamique intégrale avec les objectifs, les structures des projets, les variables d’action, les moyens mobilisés et les responsabilités assumées par les stratégies géopolitiques conçues pour affaiblir les pays qu’il faille appréhender la défaillance légendaire des services publics haitiens malgré les projets de renforcement définie pour les performer ? Peut-on dépouiller les indicateurs économiques de la matrice géopolitique et géostratégique qui leur donne sens et cohérence ? Les indicateurs économiques ne doivent-ils pas converger vers des objectifs déclinés par des stratégies politiques ? Alors pourquoi refuse-ton, dans le bilan des défaillances qu’ils traduisent, de prendre en compte cette composante stratégique et géopolitique imposée par le CoreGroup dans le cas haïtien ? Si toute performance économique doit s’aligner sur l’ensemble des gradients de valeur qui structure la performance politique globale d’un écosystème social et humain, pourquoi en serait-il autrement pour la défaillance ?

Voilà autant de questions qui ne peuvent plus être éludées par de simples perspectives statistiques de contreperformance cherchant à imputer la défaillance collective haïtienne à des facteurs uniquement internes alors même qu’elle est la finalité recherchée par les intérêts géostratégiques qui assujettissent le pays. Voilà autant de raisons qui nous poussent à objecter et infirmer la vision mutilante, simplifiante, et pour tout dire insignifiante, des économistes, des journalistes et des sociologues de service qui laissent croire qu’ « Haïti a choisi d’être pauvre » ou qu’elle ne fait que se confiner dans un certain déni comportemental appelé « complexe de chauve-souris ».

Empressons-nous de dire que ce ne sont pas les auteurs de ces idées qui sont insignifiants, mais les points de vue qu’ils expriment et qui sont méthodologiquement déconcertants dans leur logique argumentative. D’ailleurs, ces idées sont si pauvres qu’on se demande si elles sont vraiment argumentées ? Si elles sont vraiment animées d’une logique ? Car, elles ne sont rien moins qu’une rhétorique réchauffée à la sauce du libéralisme que certains penseurs, économistes ou sociologues de leur état, mettent à jour par de nouveaux concepts qui tendent à ne voir que les effets des problèmes sans remonter à leurs causes. Ce n’est rien de plus qu’une litanie de principes économiques dictés par les agences internationales assurant à ceux et celles qui les reprennent en chœur le bénéfice de quelques subventions et l’accès à une médiatisation à outrance. Rappelons au demeurant que toute pensée médiatisée par les réseaux officiels d’un écosystème défaillant a très peu de chance de pouvoir remettre en question le système à qui elle doit sa renommée.

Et c’est pourquoi, il faut contredire ces analyses qui refusent de contextualiser les enjeux géopolitiques et économiques pourtant surdéterminants qui expliquent objectivement la stagnation d’Haïti dans la pauvreté et la permanence des crises et des difficultés. Comme dirait Marx, deux siècles plus tôt, quelle misère philosophique que la pensée économique et sociologique incapable d’établir les liens de causalité, pourtant évidentes, entre dépendance politique, assistance technique, indigence sociologique, défaillance économique et comportements humains !

Qui ignore encore que les comportements humains ne sont que des stratégies de riposte mises en place pour affronter une réalité qui a des causes objectives et qu’on cherche soit par facilité, soit par impuissance, soit par ignorance, à contourner, à ignorer ou à structurer ? Objectivement, si la défaillance collective haïtienne peut certes s'expliquer par des postures comportementales douteuses, il faut tout de même le courage et l'honnêteté pour rappeler que celles-ci ne sont que des passerelles par lesquelles circulent les bugs conçus comme défaut de conception des stratégies qui enrichissent des pirates dissimulés en experts techniques et/ou en assistants humanitaires empruntant la voix sibylline des oracles prophétisant des catastrophes qu'ils entretiennent.

En conséquence, il est manifestement troublant de ne trouver dans ces réflexions aucune critique contre les détenteurs de la stratégie des projets de renforcement qui concurrencent et affaiblissent le leadership national pour mieux rendre déficiente la stratégie nationale de gouvernance. Et c’est assez logique, car la défaillance n’et jamais assez complète et totale pour s’autosuffire, elle doit, pour se reproduire, sécréter une médiocrité qui doit s’imprégner dans la pensée collective et doit être médiatisée, plébiscitée à coups de publicité pour s’imposer comme une « vérité » surenchérie.

Au vrai, peut-on être redevable des résultats pour lesquels on ne maitrise pas totalement la stratégie de mise en œuvre ? Comment alors ignorer dans le bilan de la performance économique d’un pays le poids des intérêts géostratégiques et les ingérences diplomatiques qui assurent un glissement de la prérogative politique nationale vers des acteurs privés aux intérêts occultes ?  Or, il est de plus en plus manifeste que c’est à travers ce glissement que se faufilent toutes les impuretés qui vont embrayer la mécanique de la prise de décision en rendant invariantes les défaillances et insignifiantes toutes les activités mises en œuvre. Il faut alors du courage et de l’honnêteté pour reconnaitre le lien ténu entre les impuretés qu’on laisse glisser pour bloquer la mécanique de la prise de décision et l’assistance aliénante qui accourt à son chevet.

Qu’on ne s’y méprenne guère !  Il ne s’agit point de déresponsabiliser les acteurs locaux en leur enlevant toute implication dans la défaillance de l’écosystème national. Bien au contraire, il s’agit de prendre la pleine mesure des facteurs de succès pour bien dimensionner la maitrise des variables d’action qui doivent être assumées par les centres de responsabilité pilotant la stratégie de la gouvernance publique. Il s’agit de rappeler qu’en dépouillant la gouvernance publique de sa responsabilité, de son exemplarité et de sa redevabilité on la fait subir un glissement certain vers la médiocrité qui est la sublime garante de la défaillance. Toujours est-il que pour les technocrates, cela puisse être encore perçu comme de la performance, puisque celle-ci, à minima, peut être définie comme l’atteinte des objectifs qu’on se fixe.

Et c’est là justement toute l’ambivalence de la stratégie au chevet d’Haïti : elle est performante dans ses finalités technocratiques qui consistent à faire d’Haïti un lieu de défaillance livré à l’expérimentation d’une assistance programmée pour se perpétuer ; laquelle conséquemment s’interdit de transformer durablement le milieu où elle intervient pour s’offrir durablement des leviers d’action. C’est la stratégie de la performance indigente. C’est là que se trouve la vertu paradoxale de l’assistance internationale qui a ceci de commun avec la rédemption promise par la religion chrétienne : elle ne peut advenir que s’il y a défaillance. L’âme qui pèche étant celle qui bénéficiera de la rédemption, il faut que les péchés soient rouges comme cramoisis pour espérer les laver dans le sang de l’agneau immolé.

Tout procède comme si les défaillances de la gouvernance publique haïtienne reposaient sur un modèle économique programmant des bugs et des contreperformances à volonté pour entretenir une cyber indigence certaine. Celle-là même qui fait le succès de cette assistance plus lacunaire qu’humanitaire, plus douteuse que miraculeuse. Celle-là même qui, portée par une expertise plus problématique que technique, plus obsolète que fonctionnelle, crée une conjonction de circonstances plus aliénantes que performantes.

Ainsi s’expliquent l’affinité et les accointances indéfectibles qui relient l’expertise internationale et la médiocrité haïtienne. Ainsi s’explique pourquoi les experts internationaux sont plus à leur aise, un peu partout dans le monde, pour soutenir et épauler les indigents plutôt que de travailler avec des professionnels compétents et intègres, notamment en Haïti, où le foisonnement de l’indigence rend extrêmement rare l’intelligence. L’indigence du leadership national étant l’adjuvant grâce auquel l’assistance technique internationale se déploie, il devient assez logique de se demander si ces deux réalités ne sont pas les deux faces d’un ensemble qui s’équilibre parfaitement et idéalement. Dès lors, le vrai problème n’est plus l’indigence dans ses manifestations locales et nationales, mais l’assistance technique internationale dans l’entretien, le soutien et la structuration qu’elle apporte à la bêtise locale.

De l’impensé de la gouvernance à la fabrique des impostures

Mais, objectivement, ce n’est pas tant cette assistance qui pose problème, puisque comme nous le verrons, elle répond à une logique basée sur un individualisme méthodologique qui lui confère même une performance certaine. Au fond, ce qui bouleverse dans l’analyse de la permanence de la défaillance haïtienne, c’est davantage l’adaptation collective qui donne un avenir certain à l’insignifiance des projets proposés comme solutions et à l’invariance des problèmes induits.

Cette adaptation, maintenue comme une impuissance, résonne dans un accent de fatalité et reste le marqueur de l’impensé de la stratégie nationale de gouvernance qui est l’indigence suprême à combattre. C’est cette adaptation qui permet à l’assistance aliénante d’avoir un adjuvant pour se performer. Tant que chacun continuera de trouver une opportunité de business, un intérêt d’affaires dans cette spirale aliénante, tout sera toujours défaillant. Car, c’est la tentation et c’est aussi la possibilité de structurer cette défaillance en zone de confort qui finissent par pousser tout un chacun vers l’adaptation à travers une débrouillardise individuelle au détriment de toute perspective d’intelligence collaborative et de performance collective qui exigent rupture, courage et sacrifice. Et pour se donner bonne conscience, on finit par transformer cette débrouillardise en une marque de résilience célébrée alors qu’elle est la fourvoyeuse de toute démarche d’appropriation collective et d’intelligence collaborative.

Ainsi se sont développés et structurés, avec le temps, les gradients de valeur transformant Haïti en un écosystème défaillant et un chaos insulaire. Un chaos auquel chacun s’est adapté, par résilience ou par assistance, par indigence ou par préférence, par accointance ou par impuissance. Chaque groupe de la société haïtienne a su construire une passerelle, une assurance, pour profiter de ce chaos. Certains y sont allés jusqu’à développer une forme d’audace intellectuelle leur permettant de dénoncer et/ou de prétendre combattre ce à quoi ils contribuent ou ce dont ils profitent. C’est d’ailleurs pourquoi les « luttes contre le système » ne peuvent pas aboutir à des résultats probants, car elles sont menées par des groupes et des acteurs qui sont dans une totale congruence avec le système. Soit, ils ont des intérêts dans le système ; soit, ils développent des accointances avec les profiteurs et bénéficiaires du système ; soit, ils sont entretenus ou promus par les stratèges du système. De sorte que tout n’est qu’une immense fabrique d’impostures.

Telle une barque ingouvernable, Haïti s'engouffre dans une spirale défaillante où s'entrecroisent et se chevauchent à la fois des catastrophes naturelles et des indigences socio-économico-politiques programmées. Pourtant, c'est l'un des pays à recevoir le plus d'assistance financière, technique et humanitaire de la part d’une communauté internationale qui, habilement, dirige le pays par procuration et ingérence diplomatique sans en assumer la responsabilité juridique et éthique. Ainsi, elle peut s’offrir le loisir d’être dans une permanente imposture et une totale forfaiture. Tout à la fois, elle se veut le bras technique qui assiste, le juge qui censure, l’observateur qui regarde, la voix sibylline qui prophétise et le gendarme qui réprime. Elle promeut des projets qui en mettent plein la vue sur le papier. Elle mobilise une armée d'experts en cantonnement d’urgence humanitaire. Elle collecte des milliards de dollars pour réseauter et entretenir une expertise composée en grande partie d’expatriés qui se font toujours rapatrier dans leur résidence vitale quand les stratégies cafouilleuses et les actions incohérentes, mises en œuvre sur cette terre de transit qu’est Haïti, partent en vrille et déroutent en catastrophes programmées ou exploitées.

Quoi d'étonnant alors que dans cet impensé où chaque acteur vient au secours de l’autre pour maintenir la chaine de l’indigence, tout ne soit qu’échec, contreperformance et défaillance pour les Haïtiens ! Objectivement tant que cette assistance sera maintenue dans sa forme aliénante et déshumanisante, à l’horizon de l’espérance de vie du peuple haïtien, aucun succès en perspective pour l’État de droit, aucun renforcement effectif pour les institutions, aucune stabilité durable pour la cohésion nationale, aucune croissance économique pour le collectif !

L’intelligence maintenue entre amnésie et aphasie

La démarche de la résolution des problèmes et la cartographie des processus disent qu’il faut toujours descendre en profondeur vers les causes racines pour pouvoir déployer des solutions d’intelligence qui se doivent d’être en congruence avec les problèmes sur lesquels on veut intervenir. Or, toute l’assistance technique internationale déployée en Haïti depuis six bonnes décennies, est portée par un cycle de projets régis par des ordonnancements qui prennent des raccourcis sur la méthode, la rigueur et le temps. En ces lieux, on ne se soucie pas de bien faire, mais de faire vite et simple pour avoir un rapport à produire à brève échéance. Rapport qui occultera toutes les causes objectives des problèmes, car il est bien connu que les destinataires de ces rapports n’ont jamais le temps pour entrer dans les détails. Il faut que ce soit bref, simplet et superficiel.

Il est manifeste que les solutions ainsi développées laisseront invariants les domaines défaillants et s’attacheront de préférence à amplifier les turbulences rendant ainsi indispensables les forfaitures d’une expertise sinon obsolète du moins douteuse.

Pour que ce cycle fonctionne sans usage excessif de la répression et de la violence, l’assistance internationale a besoin que règne une totale déficience collective capable de maintenir la pensée dans une errance programmée entre amnésie et aphasie. Cette double déficience a ceci de particulier qu’elle agit prioritairement sur les facultés cognitives du leadership et du collectif en altérant la mémoire et le langage. Par la défaillance de la mémoire (amnésie), on phagocyte les réseaux culturels et éducatifs à travers des subventions aliénantes et des projets incohérents ; ainsi on s’assure d’empêcher toute action intelligente. Par la défaillance du langage (aphasie), on interdit toute pensée critique en faisant régner dans les médias et dans les milieux professionnels une précarité qui maintient l’esprit entre les lignes de la servitude et de la soumission. Ainsi, la logique des projets d’assistance technique internationale suggère que la logistique privilégie fondamentalement les ressources humaines médiocres et corrompues. Et si à tout hasard, un profil de compétence et d’intégrité passe à travers les filets de l’indigence, il est quasi certain que son champ d’action sera insignifiant et son expertise quasi futile. L’assistance technique internationale ne veut la compétence locale que comme faire valoir ; et c’est pourquoi elle la préfère docile, corrompue et utile, donc futile.

Ainsi, à contrecourant de la pensée futile qui voit des réflexes comportementaux là où il y a assujettissement par contraintes politiques et géostratégiques, nous postulons courageusement que l’indigence ne triomphe pas uniquement par complexe ou par hasard, mais parce que toutes les structures de l’écosystème national sont alignées sur les gradients ou les lignes de contrevaleur d’une « performance » entretenue par un réseau d’acteurs qui se disent apolitiques. Et force est de constater que ces lignes de contre valeur promues et soutenues sont en déphasage total avec les lignes de valeur qui peuvent stabiliser et irradier un écosystème. Dès lors que ces lignes de valeur sont inexistantes ou occultées de la mémoire des organisations et des institutions qui délivrent les services à la population, il n’est pas besoin de statistiques pour comprendre que tout ira à veau l’eau. Là où il n’y a nulle stratégie pour aborder en profondeur les domaines problématiques qui traversent un collectif, il ne peut y avoir de congruence entre l’offre et la demande, ni de pertinence entre les services et les besoins.

Comment ne pas alors déceler, derrière la récursivité de la défaillance, les codes des bugs générateurs des profits qui font croitre les portefeuilles des oracles prédisant les chaos et les catastrophes qu’ils programment ou contribuent à répandre eux-mêmes ? Comment ne pas soupçonner la présence de pirates qui, dissimulés dans l’ombre, agissent en toute impunité pour amplifier les défaillances à travers les passerelles et les périphériques qu’ils contrôlent comme autant de réseaux d’accointances pour fructifier les autoroutes de l’indigence ?

De par l’individualisme méthodologique qui anime l’action humaine, il est bien connu que, derrière toute stratégie se trouve un modèle économique en œuvre. C’est ce modèle qu’il faut identifier pour bien approprier l’incohérence (ou la cohérence de la défaillance) entre les recommandations des experts, les stratégies déclinées par les agences, les actions menées par les acteurs de terrain et les résultats obtenus par les bénéficiaires. Dans le cas de la chronique de la défaillance de la gouvernance publique haïtienne, le modèle économique mis en œuvre par l’assistance technique internationale procède par une dualité proche de la cyber indigence. On crée le virus et on dépose le brevet pour commercialiser l’antivirus, tout en se décernant un certificat de bienfaiteur d’humanité. Ce texte résonne comme un « Habemus piratam » ! Traduisez : nous avons un pirate ! Un cri pour rappeler que derrière toute défaillance, il y a toujours un défaut de conception qui profite à des pirates exploitant leurs réseaux d’accointances comme facteurs de succès pour promouvoir la performance de lerus projets à travers les passerelles des déficiences cognitives de toute collectivité indigente et résiliente.

La France, qui a construit sa richesse, sa puissance et sa gloire sur la barbarie de l’esclavage et les pillages de la colonisation, ne s’octroie-telle pas le titre de « pays des droits humains ? Évidemment, un tel titre n’a de sens que si on exclut les Nègres d’Afrique et les autochtones du Pacifique du concept de l’ « humanité ». Ce qui tend à prouver, aux droits de l’hommisme, tout le racisme latent qui couve dans la culture de la pensée occidentale, laquelle reste et demeure la grande fourvoyeuse d’humanité qui prend des airs de donneuse de leçons de démocratie et de bonne gouvernance.

 Ainsi s’explique, non par complexe, mais par indigence, la défaillance totale perçue qui a permis à d’autres de dire bien avant le concert en sol majeur des chauves-souris, qu’« Haïti est un cimetière de projets ». Lisez, un lieu qui échappe à toute performance malgré la présence d’une armée d’ONG et d’experts au service du renforcement institutionnel.  

Il ne fait aucun doute que le bug doit être recherché dans le logiciel du management qui pilote la stratégie. Or c’est là que le bât blesse, car personne ne veut assumer la responsabilité de ce rôle. Pris au piège de sa propre impuissance et de l’insoutenable effondrement de sa pensée et de sa dignité, Haïti doit trouver le temps et l’intelligence pour se construire. Il doit nouer de solides alliances locales et internationales afin de déconstruire les stratégies ambivalentes des acteurs à la voix sibylline d’oracle qui dissimulent derrière leurs masques de bienfaiteur leur faciès de pirate. Il est temps qu’Haïti s’approprie courageusement et radicalement son destin comme d’autres peuples dignes qui n’attendent pas de mourir d’indigence, de survivre comme des éternels assistés ou de fuir comme des éternels migrants tricheurs.





Erno Renoncourt


A l'exception des liens qui renvoient vers d'autres sites et des textes éventuels dont les auteurs sont cités, l'intégralité du contenu, (images et textes) de ce blogue est la propriété de Integrale Data And Stats. Comme toute oeuvre intellectuelle, le contenu de ce blogue est soumis aux droits de la propriété intellectuelle. Toute reproduction des articles et des images de ce blogue doit se faire avec l'autorisation formelle de l'auteur. Pour ce qui concerne l'exploitation des liens et des articles renvoyant vers d'autres sites, prière de se référer aux sites en question.