Guerre totale contre l'indigence merdiatique !

La trinité merdiatique : Analyste (animateur), Publiciste et Éditorialiste

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Le site Ayibopost a publié récemment quelques articles évocateurs sur les liens entre les médias et la corruption. On y dénombre au moins quatre articles traitant : du salaire des animateurs de radio, de la dépendance des médias par rapport à la publicité, de la précarité des journalistes et du rôle des médias par rapport à la corruption dans la construction de la démocratie. Ce sont des thématiques structurantes par les perspectives enrichissantes que leur traitement rigoureux peut faire surgir pour éclairer les liaisons malsaines entre pouvoir économique, pouvoir politique et pouvoir médiatique.
 
Manifestement, de tels sujets exigent de l’indépendance, du courage et du souffle éthique pour les traiter objectivement, notamment en sachant aller au fond des choses. Mais, pas que ! Il faut aussi une grande capacité analytique et une bonne rigueur méthodologique pour trouver des exemples de CAS et construire un argumentaire factuel établissant les causalités flagrantes entre la précarité des journalistes et la prédominance de la médiocrité en Haïti. Faute de quoi, on ne fera que botter en touche et laisser le problème couvé sous le fumier. Ce qui, après tout, ne serait qu’une démarche logique du système qui s’autoprotège, vu que l’enfumage reste le climat global de la pensée médiatique et culturelle en Haïti.
 
C’est d’ailleurs le sentiment que j’ai eu en lisant ces articles notamment celui [1] intitulé : Quel est le salaire d’un animateur de radio en Haïti ? Certes, l’auteur a su évoquer avec lucidité les rôles multiples et ambigus du métier d’animateur en Haïti. Une profession en manque criante d’objectivité puisqu’une seule et même personne combine à la fois, en un seul titre, plusieurs fonctions divergentes et dont le cumul débouche sur d’énormes conflits d’intérêts : l’animateur est à la fois l’analyste, le publiciste et le démarcheur marketing. Un tryptique qui, selon l’article, « compromet l’objectivité des animateurs dans les réflexions portées sur les bals, les albums et autres activités des groupes musicaux ».
 
Et voilà le point d’indigence où l’auteur botte en touche, fourvoie le lecteur en biaisant le sujet pour n’évoquer que la situation des animateurs d’émission de musique. Au vrai, le problème est plus global et plus complexe et ne peut pas être traité avec rigueur, si on reste à la surface des choses. Car, il n’y a pas que les animateurs d’émission de musique qui se convertissent en agents publicistes pour sortir de la précarité. C’est toute la chaine culturelle, notamment médiatique, qui est impactée par ce modèle de réussite précaire. Une débrouillardise individuelle qui fragilise le collectif et tue les perspectives d’une reliance pour l’émergence de l’intelligence collaborative.
 
La pensée culturelle haïtienne en mode étouffoir
 
En effet, que sont-ils nombreux les journalistes haitiens qui, en toute impunité, violent les règles déontologiques du métier et agissent avec plusieurs casquettes derrière leur micro ou avec la flexibilité de leur stylo ! Nos journalistes ne sont-ils pas à la fois éditorialistes et consultants auprès des ministères ? Ne sont-ils pas en même temps analystes politiques et entrepreneurs au service d’une clientèle d’hommes d’affaires et d’hommes politiques ? Ne sont-ils pas à la fois chroniqueurs et agents publicistes ? Ainsi, en faisant bifurquer le problème vers les animateurs d’émission de musique, l’auteur reste à la surface des choses et offre aux lecteurs un prisme déformateur où les effets du problème apparaissent pour ses causes. Dans cet article, l’auteur laisse aux lecteurs la fausse impression qu’il ne s’agit que d’une déviance isolée propre à quelques journalistes exerçant le métier d’animateur d’émissions musicales.
 
Or le problème est systémique ! Les journalistes, qui se font tour à tour publicistes, éditorialistes, analystes et chefs d'entreprise, pour ainsi dire mercenaires et terroristes du verbe, marchands de micros et de stylos, suivent la loi implicite de la réussite indigente qui est en vogue en Haïti. Et ce sont les médias qui en sont les relais publicistes. De fait, partout où les réseaux de la culture et de la pensée ne sont activés que par subventions et publicités interposées, ils ne sont que des étouffoirs. Conséquemment, le modèle de réussite qu’ils promeuvent ne peut être qu’un réel enfumage avec des stratégies de contre-feux pour occulter et brider l’intelligence.
 
Il eut été tellement honnête que, dans cet article, l'auteur évoque les titres promoteurs des principaux médias (journaux, radios et télés) haitiens en faveur du pouvoir entre 2011 et 2018. Il eut été tellement courageux que l’auteur évoque les commandes de publicité passées par ce même pouvoir auprès de ces mêmes médias pour de faramineuses sommes d’argent. Dans un pays où tout est l’arrêt, quand le pouvoir passe de telles commandes de publicité aux médias, il ne peut s’agir que de corruption. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui avait poussé l’ex président Martelly à révéler en 2019 que certains médias avaient toujours marchandé leur ligne éditoriale auprès de son administration [2] ?
 
Manifestement, il y aura toujours conflit d’intérêt quand une même institution agit comme entreprise publicitaire et comme vecteur de formation et d'information de la population. La ligne de démarcation est floue entre ce qui est vendu, promu et ce qui est répandu. C’est toute la structure de la pensée culturelle et merdiatique haïtienne qui est ar-rosée par jets de subventions pour abrutir la population. Souvenez vous de ce que j’écrivais en 2016 déjà quand BRIDES avait sorti ses fameux sondages bidonnés pour nous entuber lors des élections de 2016.  Dans cet article [3], je disais « Un certain contexte politique et économique frustre induit toujours une grande obscurité académique et facilite un certain charlatanisme médiatique. Ainsi dans une période de basses eaux managériales et éthiques, la culture et la statistique peuvent servir comme outils pour véhiculer un mensonge officiel. Ainsi, il est probable que des individus, qui peuvent être tour à tour journalistes, analystes ou chercheurs statisticiens ou simplement publicistes agissent au nom d’une communauté d’intérêts pour promouvoir une certaine idée. Comme dans toute activité professionnelle, ces gens seront forcément payés : qui (les journalistes) pour relayer une information, qui (analystes statisticiens) pour publier une étude ou qui simplement (les publicistes) pour déformer la vérité et vendre un mensonge. Et même, il arrive qu’une seule personne combine en un seul contrat les trois rôles dans une unité parfaite de projet, d’action, de temps et de lieu ».
 
C’est dommage que l’auteur n’ait pas fait une petite recherche sur cette thématique si structurante, car forcément, il aurait découvert de nombreux articles qui ont, longtemps avant abordé, avec plus de rigueur, plus de méthode, plus d’indépendance et plus d’objectivité les liens entre médias et corruption en Haïti. Évidemment, la morale veut qu’un bon journaliste ne lise que son article et n’écoute que sa propre chronique.  En tout état de cause, il eut été pertinent que l'auteur se demande pourquoi malgré l'existence d'au moins trois associations de médias dans le pays, après trente ans d’exercice démocratique, il n'y a jamais eu de proposition de lois sur la déontologie des journalistes ? Pourquoi les médias dans leur intégralité sont si peu enclins à normaliser le fonctionnement du métier de journaliste ?
 
L’absence de déontologie comme norme

Oui, il est manifeste que les associations de médias en Haïti ne sont pas intéressés par la déontologie médiatique. Les directeurs des médias savent qu'ils ne pourront et ne voudront jamais offrir un salaire convenable et un traitement honorable à leurs journalistes. Donc, ils laissent cette porte dérobée, qu'est l'absence de normes déontologiques de la profession, comme une compensation pour toutes les opportunités. Ainsi, de même que la direction d’un média autorise une ligne éditoriale souple et servile vis-à-vis du pouvoir pour assurer la réception d'imposants cachets publicitaires, cette direction ferme aussi les yeux sur les dérives de ses journalistes qui, à leur tour, ouvrent leurs micros et dédient leurs stylos à ceux qui leur sont utiles. Certaines salles de rédaction de médias en Haïti sont de véritables associations de mendiants professionnels. Ils utilisent leur capacité d'influence de l’opinion publique comme des armes d'abrutissement massif pour leur propre réussite.
 
Un journaliste est comme une serveuse qui touche un salaire dérisoire, mais détient l'accord tacite de son patron pour se prostituer auprès des clients ou pour vider leurs poches. C'est tout le système qui en sort gagnant : Les directeurs de médias, les journalistes, le pouvoir, les puissants et la corruption ! Voici la force de régénération du système par le pouvoir des médias qui ont développé un nouveau modèle d’affaires : recycler la bêtise politique pour fructifier le business merdiatique. Voila pourquoi le pouvoir politique n’a plus besoin de faire des vagues en réprimant la liberté d’expression, puisque les journalistes en majorité ne sont plus qu’une armée de petits « panseurs » qui ont déserté la pensée critique pour se concentrer sur un objectif plus bassement matériel :  remplir leur panse en mettant à contribution leur verbe tonitruant ou leur stylo fleuri pour échapper à la précarité !
 
Voilà pourquoi, vous ne lirez jamais sur certains sites, n'entendrez jamais sur certaines stations de radio et ne verrez jamais sur certaines chaines de télévision ceux et celles qui sont porteurs d'une vraie pensée critique. Comme me l’avait rappelé, à juste titre, un directeur de média à qui je montrais les différences de traitement de l’information sur son média, ce sont les directeurs de médias, réunis, selon leur affinité, en association, qui définissent l’opportunité de leur ligne éditoriale selon la conjoncture politique. Vous comprendrez volontiers que les termes opportunité et conjoncture politique ne sont ni neutres ni hasardeux. Car, toute conjoncture n'étant que le reflet d'une structure, selon le mot attribué au professeur Yves Dorestal, on peut déduire que l'incompétence et la corruption des médias sont les deux faiblesses qui font prospérer la bêtise politique en Haïti. C’est donc en fonction de cette opportunité, structurant de juteuses promesses publicitaires, que les médias agissent.

L'érosion des contours
 
C'est encore une manifestation d'une des lois de l'indigence: deux faiblesses s'apuyant l'une sur l'autre se structurent et se renforcent pour devenir une puissante résilience. Moins par moins égale plus est la structure qui module le climat des conjonctures d'instabilité que nous connaissons. Celles-là même qui modulent, dans le ressac des crises et des défaillances, les vents mauvais de la médiocrité, de la corruption et de la criminalité. De sorte que dans chaque crise, dans chaque cycle, on peut trouver un motif révélateur du climat global, comme les termes successifs d'une récurrence portent l'empreinte algorithmique de la loi qui les génère.
 
Ici le motif est tout trouvé, c'est la pensée merdiatique, ar-rosée par jets de subventions et de publicités, qui empêche à la pensée critique et éthique d'émerger pour contrer l'indigence en Haïti. Voilà pourquoi, les outils pour construire le changement doivent se dresser d'abord contre ces foyers d’enfumage. Et dans cette guerre contre l'indigence, on ne peut pas être neutre, on ne peut pas prendre de répit, on ne peut pas faire de quartier : il faut aller au corps à corps, jusqu'au bout de la provocation. Il faut maintenir la permanence sur le front de la pensée authentique et subvervise pour sécreter les vibrations qui finiront par éroder les contours du système.
 
 
Erno Renoncourt

[1]  https://ayibopost.com/quel-est-le-salaire-dun-animateur-de-radio-en-haiti/
[2]  https://www.alterpresse.org/spip.php?article24120#.XmV2_M2QgdU
[3] http://elsie-news.over-blog.com/2016/09/sondage-ou-technique-d-enfumage-pour-brider-l-intelligence-par-erno-renoncourt.html


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