Le pédantisme de l’excellence pédagogique haïtienne 

Le dissensus pédagogique

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J’ai regardé avec un sentiment oscillant entre la curiosité et l’agacement l’exaltation de M Charles Guy Etienne, directeur du prestigieux Collège Catt’s Pressoir, qui racontait, dans une interview accordée à M Claude Bernard Serant, sa vision de l’excellence pédagogique et les rêves ambitieux de son projet éducatif pour Haïti. Dans ses cogitations sur l’expérience réussie de l‘enseignement à distance que Catt’s Pressoir a proposé, à sa clientèle scolaire, durant le confinement, M Etienne a laissé entrevoir sa vision de l’excellence en se prononçant pour un projet éducatif capable de « transformer chaque apprenant (haïtien) en un créateur d’emploi ».

C’est donc dans le creuset de l’emploi, renvoyant au succès personnel, hier comme brillant employé destiné au marché international et demain comme potentiel obscur employeur, que brûle le projet éducatif d’innovation et d’excellence de M. Etienne. Il y a là un embrassement qui nous rappelle l’enfumage par lequel un certain « ingénieur performant » et « entrepreneur innovant » a été promu Président de la République, malgré ses milles casseroles peu reluisantes. Et comme ce sont ceux-là mêmes qui nous vendent les plus reluisants projets pédagogiques, académiques, technologiques et économiques qui nous ont enfumé avec les feuilles de banane, on se dit que le tourbillon de nos défaillances vient tout juste d’entrer dans une nouvelle phase d’activation automatisée. Comment ne pas être méfiant en Haïti quand on parle d’excellence quand on se rappelle qu’une grande université haïtienne, elle aussi surfant sur le label d’excellence, avait mobilisé la communauté universitaire et technologique pour qu’elle vienne écouter, dans un show à l’Université de Montréal, le discours innovant de Jovenel Moise sur les technologies ? Heureusement, cette arnaque a été annulée au dernier moment.

Fort de ce sentiment, je porte un dissensus sur cette conception de l’excellence pédagogique à finalité entrepreneuriale pour ne pas laisser profiler sur notre conscience collective plombée, une nouvelle couche d’imposture qui pourrait nous empêcher définitivement de nous relever de notre effondrement. Car, c’est dans la conscience qu’il faudra porter le changement pour produire le grand sursaut éthique capable de sortir Haiti du trou noir dans lequel l’enfoncent, pour leur succès commercial, les fabricants de shithole. Je propose donc, en ma double qualité de citoyen engagé, concerné activement par les affaires de son pays et d’enseignant, de montrer l’imposture qui galvaude la notion d’excellence pédagogique en Haïti. J’espère que les engagements de M Etienne pour un dispositif d’enseignement-apprentissage où règne l’excellence sont assez sincères et solides pour fonder aussi sa conviction dans l’exercice démocratique de la pensée critique. Ainsi, j’espère qu’il ne me tiendra pas rigueur ni ne me jettera la pierre si j’ose questionner, c’est-à-dire remettre en question, les certitudes de son exaltation entrepreneuriale sur l’excellence pédagogique.


Quand le métier d’entrepreneur occulte l’esprit d’entreprendre du projet pédagogique

Sans vouloir minimiser le projet pédagogique de M Etienne qui, reconnaissons-le, est résolument inscrit dans une ouverture sur les « technologies » (on y reviendra dans un prochain article) et, in fine, sur le monde ; on ne reste pas moins chagrin, sinon choqué, de voir qu’il limite la finalité d’un enseignement d’excellence à une question d’entreprenariat. Malgré le leadership qui est reconnu à M Etienne en matière éducative en Haïti, il faut se faire violence pour ne pas admettre que vouloir construire la qualité (d’excellence) et projeter d’orienter la finalité (mission) d’un enseignement sur un objectif réducteur de création d’emplois est une pédagogique fortement réactionnaire. Relier de façon aussi déconfinée le projet éducatif et le projet entrepreneurial n’est autre qu’un vieux rêve marchand inscrit dans une culture d’affaires orientée vers le profit.

D’ailleurs, la rigueur pédagogique nous force à distinguer l’esprit d’entreprendre qui doit être nécessairement au cœur du dispositif enseignement-apprentissage du métier d’entrepreneur qui est, dans le dispositif du libre-échange, un homme dont l’intérêt est aiguisé par le profit. Il m’est pénible de devoir rappeler au directeur d’une école dont on loue constamment le modernisme technologique que, dans ses finalités de projet et dans ses perspectives d’excellence, éduquer n’est que la transmission d'un certain savoir et/ou savoir-faire pour la mise en commun d’une "pragmatique cherchant à mobiliser des énergies en vue de faire réussir les entreprises humaines".  Réussir, Voilà le maitre mot qui pose problème !
 
Peut-on concilier réussite et désolation ?

Masi qu’est-ce que réussir dans un pays de désolation où tout s’effondre ? Et comment sait-on qu’on a réussi quand les rêves des uns et des autres, riches comme pauvres, universitaires comme analphabètes, bourgeois comme prolétaires, ne dépassent pas les lignes précaires de la survie ?

On notera bien que l’injonction de l’excellence pédagogique renvoie à une finalité humaine qui ne peut être que collective et durable : faire réussir les entreprises humaines ! Sans vouloir être désagréable, avouons qu’l faut une vision pédagogique très limitée et très utilitaire pour voir dans la réussite d’une entreprise humaine une simple activité réussie de création d’entreprises. Car manifestement, un standard éducatif d’excellence ne peut que renvoyer à la perspective de mobilisation d’un outil pour conduire le changement, transformer l'organisation sociale, agir sur les défaillances et proposer de nouvelles connaissances qui embellissent la perspective de la réussite humaine. Dès lors, les finalités du projet éducatif d’excellence ne peuvent s'exprimer qu'au travers des échanges entretenus par ceux qui ont été formés avec leurs écosystèmes. La perspective de réussite est donc systémique et inclue les rapports avec les hommes, les organisations et l’environnement.

Logiquement comme dans tout système, c’est un processus qui est en jeu, et on ne peut l’évaluer que du point de vue de l’efficience ; c’est-à-dire, en regardant les extrants fournis et les intrants mobilisés. Une éducation d’excellence devient objectivement un processus de qualité permettant de "former quelqu'un à quelque chose et pour quelque chose". Et c’est ce pour quelque chose qui donne toute la dimension de l’excellence. « Pour-quoi » cherche-t-on à avoir de nouvelles connaissances ? « Pour-quoi » veut-on avoir le pouvoir ? « Pour-quoi » veut-on gagner de l’argent ?

Il y a en filigrane dans ces questions une notion sous-jacente de valeurs : au nom de quoi nous mobilisons-nous pour l’action ? Qu’est-ce qui motive nos choix ? Au nom de quelles valeurs agissons-nous ? Il est vrai que dans un pays où l’effondrement est total et l’échec dominant, on n’a pas le temps de penser aux valeurs qui fondent la notion de réussite ; on ne demande qu’à s’accrocher à la première illusion qui sécurise les zones de confort dans lesquels on évolue. Ainsi, en Haïti, certains préfèrent se détourner des défaillances du pays pour se concentrer sur toutes les insignifiances qui peuvent prêter à révérence et qui confortent leurs préférences. D’où l’enthousiasme d’avoir une référence ancrée dans les rêves d’ailleurs à brandir comme étendard de réussite, même si elle n’a aucune incidence sur son milieu. Ainsi, la dramaturgie haïtienne exulte de joie d’avoir un Dany Laferrière, une Naomi Osaka, Une Michaelle Jean, ou tout autre Haïtien d’origine qui côtoie un certain succès personnel en terre étrangère, à opposer comme rempart contre l’indigence qui dénude le pays en le présentant comme un lieu de désolation.


Pédantisme ou Excellence Académique ?

L’impuissance du savoir haïtien face aux défaillances de son écosystème crée un contraste qui pousse à questionner le sens, la cohérence et la pertinence de la réussite revendiquée en Haïti. Quelle réussite peut-il y avoir à célébrer un enseignement à distance dans un pays où l’électricité est une fiction et l’internet un cauchemar ? Je précise pour le lecteur que sur un rayon de 1 km dans la zone urbaine de Turgeau, entre la Digicel et l’École du Sacré Cœur, même avec une connexion de fibre optique cataloguée 4 G, il faut ramer des heures pour avoir un débit satisfaisant capable d’afficher quelques pages de recherche. Et sur le plan électrique, c’et encore plus dramatique, car entre février 2020 et aout 2020, on a, sans exagération, comptabilisé une distribution moyenne de 1hre et demi d’électricité par jour.


Je préjuge que si à Turgeau, c’est aussi problématique, cela l’est autant ailleurs et peut-être même pire. Au fond, ce sont les mêmes fournisseurs qui opèrent :  ils ne sont ni nombreux ni ne proposent de services différenciés par zone. À moins que la clientèle de ces écoles qui ont proposé l’enseignement à distance pendant le confinement est assez riche pour des solutions électriques personnalisées et des options internet dédiées.  Mais le contexte global du pays nous laisse cependant perplexe par rapport à la reproductibilité de cette expérience. Dès lors on peut méthodiquement mettre en doute cette réussite comme processus pédagogique d’excellence, puisque la référence à un standard de qualité suppose l'existence d'un cadre normatif capable de garantir les mêmes chances d'accès pour tous à un service sans distinction relative à l’origine sociale et au niveau économique. Il y a donc un biais pédagogique à vanter une expérience singulière comme une réussite ? 


Quel standard pour une éducation d’excellence ?

Mais au-delà de cette curieuse anecdote, j’aimerais davantage, à travers le regard de John Dewey comme témoin, demander comment peut-on mesurer l’expérience d’un enseignement d’excellence si l’écosystème environnant de ceux qui dispensent, apprennent et vivent cette expérience pédagogique est continuellement défaillant ?  Prendre Dewey comme témoin de ce dissensus pédagogique, c’est rappeler que la valeur d’un enseignement se mesure hors de l’école et non dans le pédantisme académique ou dans les notes obtenues à l’intérieur de l’école. Par ce dissensus nous voulons réaffirmer que l’enseignement n’a pas vocation à préparer les gens uniquement à réussir leur petite vie, comme employé ou employeur. L’éducation d’excellence suppose un socle de valeurs capable de se transformer en un haut lieu (un standard) de mobilisation d'individus pour des causes qui offrent des repères pour l’action. D’après l’Oxford English Dictionnary, le standard, dans sa première utilisation au XIIème siècle lors de la fameuse bataille du standard qui opposait les Anglais et les Écossais. Le standard évoquait l’espace au pied du mât d’un navire surmonté de drapeaux ; c’est là que se regroupaient les Anglais pour laisser leur « courage prendre position pour vaincre ou mourir ».

Il y a donc à la base de tout standard un sens de sacrifice, de courage à magnifier. En matière d’éducation, le standard de l’excellence ne peut être alors que le socle de valeurs à mobiliser pour laisser l’éthique guider la conscience vers les causes vraies, nobles et justes capables de stabiliser les instituions de son pays. Dans ce contexte, on peut se réapproprier la pensée de Jules Ferry pour affirmer que réussir sans agir contre les défaillances de son pays est une totale abdication. Et une réussite qui abdique face aux obstacles laissera toujours un gout d’impuissance et des doutes sur son excellence. C’est d’autant vrai que selon St Exupéry, c’est le corps à corps avec les obstacles qui révèle l’excellence des hommes en les apprenant à devenir meilleurs par leur transformation (apprentissage permanent) et leur motivation à transformer leur milieu.

Sauf erreur de ma part, il y a déjà plus de 60 ans que cette expérience académique de réussite dure au Catt’s Pressoir alors n’est-il pas temps de se demander où sont passés ces générations de gens formées à cette école d’excellence ?  Ont-elles abdiqué ? Sont-elles dans la crasseuse majorité silencieuse qui s’adapte à l’effondrement de leur pays et essaie de s’en sortir, coûte que coûte, avec leur petite famille ? Ont-elles fui vers des ailleurs plus cléments et moins indigents ?  La fuite, le silence, l’adaptation sont des formes d’abdication qui contrastent avec les exigences d’un enseignement d’excellence. Surtout, si cet enseignement est dispensé dans un écosystème où l’indigence règne.

Qui peut objectivement prendre au sérieux l’excellence d’une école d’ingénierie implantée en un lieu où les maisons s’effondrent à chaque séisme ? Qui peut prendre au sérieux l’excellence d’une école d’administration implantée en un pays qui fait de la corruption la norme de sa culture d’affaires ? Qui peut prendre au sérieux l’excellence d’un centre de formation en ingénierie électrique dans un pays où règne le black-out et alors que le soleil brille à pleins feux ?

Je m’empresse de préciser que je suis, comme tous ceux et toutes celles qui croient en la valeur de l’éducation, admiratif de ce qui se fait au Catt’s Pressoir. Alors, qu’on se le tienne pour dit, par-delà Catt’s Pressoir, c’est tout le dispositif de l’enseignement haïtien qui revendique l’excellence que je questionne.  Alors, osons remettre en cause nos certitudes en projetant sur les murs fissurés de nos succès l’ombre de cette excellence pédagogique/académique que nous revendiquons.

La vraie excellence est celle qui met l’intelligence à contribution pour affronter les incertitudes de son environnement afin d’extraire l’étincelle à projeter vers ceux qui agonisent dans l’obscurité. Alors, au risque de me faire lapider, j’aimerais qu’on me montre ceux qui dans ce pays, durant cet apprentissage tumultueux de la démocratie, entre 1987 et 2020, ont laissé transpirer le standard (le courage, l’éthique) qu’impose l’excellence de leur éducation reçue pour stabiliser leur pays.
Nous avons assez entendu parler des bonnes écoles haïtiennes, nous avons assez vu les diplômes ou les expériences de réussites haïtiennes à l’étranger qui sont acclamées, brandies ou promues, mais n’est-il pas temps que cette excellence soit mise à contribution pour Haïti afin que nous et nos familles n’ayons plus besoin d’aller nous faire traiter de sales migrants ailleurs pour une réussite individuelle.


Éduquer à devenir humain

Le monde autour de nous est en train de changer. Il viendra un temps où les pays développés n’auront plus besoin de migrants venant des shitholes pour les sales boulots que refusent les Blancs de bonne éducation. L’Intelligence artificielle est en train de mettre au chômage l’humain. Une vraie école d’excellence, impliquée dans le développement du pays où elle siège, devrait anticiper ces changements futurs pour dispenser un enseignement plus contextuel par rapport aux problématiques de son milieu. Il faut former les gens, non plus pour devenir une main d’œuvre pour les marchés des pays développés, non plus pur devenir des créateurs d’emplois indigents, mais pour les défis de leur milieu, de leur environnement.il faut former pour des rêves de dignité, de responsabilité et de liberté en osant réussir le judicieux dosage du global et du local si cher à l’excellence quand elle doit affronter la complexité.

Je porte ce plaidoyer parce que j’appartiens à cette génération sacrifiée qui a été le cobaye d’une expérience démocratique improbable. Je garde le souvenir d’avoir suivi des cours à la faculté des sciences où l’on m’apprenait à dimensionner les toits des constructions en bois pour qu’elles résistent au poids de la neige, alors que l’histoire de mon pays portent les stigmates douloureux de plusieurs tremblements de terre.  Hélas, mes « excellents » professeurs qui venaient de faire leur apprentissage dans les grandes écoles d’ingénieur de France récitaient brillamment ce qu’ils avaient appris chez le blanc en oubliant le contexte local sismique de leur environnement, lourdement plombé par des failles. Et nous avons payé très cher ce pédantisme académique qui consiste à imiter ce que fait le blanc en oubliant nos propres problématiques. Or ces problématiques devraient être les impératifs de contextualisation de nos enseignements, de nos apprentissages et de nos savoirs.

Tout cela pour dire que le savoir fait partie des technologies de l’intelligence. Comme tel, il n’est qu’un outil et n’a aucune valeur en soi. Ce sont les valeurs que possèdent ceux qui vont manipuler ce savoir qui lui donneront la marque de son excellence. Une école d’excellence en Haïti devrait coupler à son enseignement scientifique une dimension éthique pour apprendre aux gens à vivre humainement avec la claire conscience d’un choix de courage face aux enjeux de liberté, de responsabilité et de dignité. Les gens qui se mobilisent pour les réussites matérielles, pour le profit et l’entreprenariat n’ont pas d’autres défis à relever que ceux de leur ventre, de leur bas-ventre et de leurs loisirs. Tandis que ceux qui sont préparés à magnifier la dignité humaine auront l’humain constamment au centre de leurs préoccupations. Et ainsi ils imprimeront à l’écosystème organisationnel de leur pays la marque de l’excellence qu’ils portent au fond d’eux comme une flamme irradiante.

Une réussite académique n’a de valeur que si elle peut magnifier à tout moment comment elle a mobilisé le savoir, comme technologie d’intelligence, pour faire de la vie un spectacle de solidarité, de responsabilité, de liberté et de dignité. Hors de cette excellence, humainement engageante, tout n’est qu’enfumage. Et de fait, si Haïti est un vaste étouffoir, c’est parce que ceux qui ont savoir et pouvoir ne sont au service que de leur petite personne, de leur profit, de leurs médailles, de leur subvention, de leur visa, de leur résidence en terre étrangère. Quand ceux qui tiennent les projecteurs ne font qu’éclairer leurs ombres, la circulation sur une route obscure et glissante devient un carambolage majeur. L’excellence ne doit pas rester dans les écoles pour éclairer les contours des diplômes, elle doit porter la lumière vers ceux qui agonisent dans le noir.

Pour finir, j’aimerais citer l’exemple du Danemark. Dans ce pays du Nord de l’Europe, toutes les écoles se font le devoir d’apprendre aux enfants, parallèlement à leur apprentissage scientifique, comment vivre solidairement, responsablement, librement et dignement. C’est un projet qui éduque à vivre humainement pour se sentir heureux. C’est, dès la tendre enfance, la transmission d’une culture de responsabilité et de dignité, imprégnée d’une empathie permanente, qui est érigée en norme de bonheur. Et tout un chacun sait combien dans ce pays règnent la confiance, la solidarité, la transparence et la prospérité. Dans ce pays, les employeurs et els hommes d’affaires exigent que l’État prélève davantage de taxes sur leurs bénéfices pour disposer de ressources supplémentaires et porter ainsi assistance aux moins riches. Dans ce pays, les politiques n’utilisent pas les ressources de l’État pour leur famille et leurs maitresses. Dans ce pays les banquiers ne proposent pas de confisquer les devises des citoyens contre une valeur dérisoire tout en leur proposant la même devise pour un prix plus exorbitant. Pourtant il y a encore 13 siècles, ces peuples du Nord n’étaient que des hordes de barbares sauvages qui s’égorgeaient en grande partie pour le plaisir de voir le sang gicler. Mais ils ont su puiser dans leur barbarie la force pour se transformer et transmettre à leurs générations les bases d’un enseignement aux antipodes de leurs défaillances collectives initiales. Ils ne se contentent pas d’enseigner la robotique malgré leur contexte technologique performant. Ils ne se contentent pas d’inciter à devenir créateurs d’emplois, malgré leur contexte économique de prospérité et juridique de stabilité. Ils n’ont pas oublié leur passé de défaillances qui peut, par une barbarie de l’histoire, revenir les hanter à tout moment. Voilà ce qu’on peut magnifier comme excellence pédagogique : lune volonté d’extraire de son chaos une étincelle toujours plus brillante pour éclairer le passage dans l’obscurité. 

J’espère que la perspicacité pédagogique de M. Etienne lui fera voir que, malgré le dissensus qui m’oppose à sa vision de l’excellence pédagogique, mon message n’est pas une critique destructive. Bien au contraire, Il porte la lueur d’une espérance constructive qui invite à faire mieux pour ne pas se contenter du pire. Malgré l’obscurité, toute fatalité nous est interdite. La transformation vers une vie digne est possible quand on met l’excellence, non plus au service de soi, mais au service de son pays, de son environnement et de ses institutions. Mais, pour que cela arrive, il faut que l’excellence pédagogique/académique soit érigée sur les infrastructures éthiques qui magnifient la dignité humaine. Quand la conscience collective d’un peuple ne peut sécréter que des rêves qui ne dépassent pas les lignes des basses eaux de la précarité et de la survie, aucune technologie, aucune intelligence et aucun savoir ne peuvent avoir d’incidence sur son écosystème. Entre les mains des hommes à la conscience effondrée, la connaissance, dût-elle provenir d’un enseignement d’excellence, sera toujours frappée d’insignifiance.

Je m’en voudrais de ne pas terminer ce dissensus par cette citation de John Lennon qui résume toute ma pensée : « A l'école, quand on m'a demandé d'écrire ce que je voulais être plus tard, j'ai répondu "heureux". Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question, je leur ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie ».
Puisse M Etienne comprendre que le projet d’excellence de l’éducation doit avant tout magnifier la dignité humaine et être au service de la vie et non du profit.


Erno Renoncourt

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