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Enjeux Organisationnels

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Comment sortir de l'impensé stratégique organisationnel ?

InstitutionHaiti

Questionner le dysfonctionnement public ?

Personne ne présente plus le constat de l'échec du collectif haïtien : institutions publiques défaillantes, gouvernance publique inefficiente, clochardisation des élites politiques, corruption et démission des élites sociales, indigence et impuissance des élites culturelles, affairisme et soumission des élites économiques aux intérêts étrangers. Tout se structure dans un vide stratégique qui laisse la place à une débrouillardise indviduelle sur fond de corruption, d'escroquerie, de malice et de roublardise.

Malgré l'évidence de ce constat, il n'est pas certain pour autant que les causes soient vraiment maitrisées, appréhendées ou recherchées pour faciliter la mise en oeuvre de stratégies intelligentes. D'ailleurs, la persistance des domaines problématiques au niveau de la gouvernance publique haïtienne suffit à expliquer l'échec des stratégies mises en place. On ne peut en déduire, avec la méthodologie de résolution de problèmes, que si les problèmes sont, depuis si longtemps, irrésolus, c'est parceque les causes sont encore méconnues et les diagnostics restent toujours décousus. 

Il nous semble alors opportun de jeter un regard sur l'écosystème et le climat global des affaires pour questionner et trouver les liens entre l'échec qui déshumanise tout un collectif et les succés qui font le bonheur de quelques uns. Faute de quoi, on risque de passer à côté des causes racines qui expliquent nos malheurs. 

Sinon :

  • Comment expliquer le dysfonctionnement systémique de la gouvernance publique en Haïti ? Quelles sont les causes racines de la défaillance totale des institutions haïtiennes de service public ?
  • Quelles justifications peut-on trouver au fait qu'en dépit de la relative bonne santé des entreprises privées en Haïti (sinon elles devraient toutes déclarer faillites), la gouvernance d'entreprise n'a aucune incidence sur la gouvernance publique ? Pourquoi le secteur privé en Haïti se désintéresse-t-il du climat global des affaires et ne se préoccupe pas de la bonne marche des institutions publiques (sinon comment justifier que rien ne marche au niveau du secteur public sinon la corruption) ? Pourquoi les entrepreneurs qui investissent en Haïti ne concourent-ils pas à créer un cadre éthique des affaires assorti d'un pacte qui soutiendrait une offre politique viable et intelligente pour influer et orienter la performance publique tenant compte du lien evident entre l'institutionnalisation de la corruption et l'inefficience de la gouvernance publique ?
  • Quel constat peut-on objectivement dresser de l'impact de la coopération internationale et des stratégies de renforcement institutionnel des agences internationales et des ONG oeuvrant en Haïti quand la performance du pays est systématiquement réputée mauvaise et exécrable dans tous les domaines ?  
  • Pourquoi les élites sociales et culturelles d'Haïti préfèrent-elles jouer les agents de service ou les responsables de comptoir de quelques organisations servant d'officines des grandes ambassades étrangères au lieu de s'approprier le contexte problématique local pour proposer des réponses aux défis qui mettent à nu leur savoir et leur prétendue réussite ?  Pourquoi ces élites refusent d'investir leur temps et leur attention pour habiter véritablement ce pays au lieu de se contenter de vivre dans le culte des envies d'ailleurs et de célébrer les petites distinctions honorifiques qu'elles recoivent en échange  de leur soumission ?
  • Pourquoi la collectivité dans sa globalité s'adapte-t-elle aussi passivement à cette offre politique médiocre ? Pourquoi ce grand vide stratégique semble être le moteur des petites réussites individuelles qui handicapent la réussite collective ?

Explorer les pistes des réussites indigentes

C'est dans l'itinérance de ces questions qui fâchent qu'il faut trouver les réponses qui nous aideront à nous humaniser. Car côtoyer l'indigence au quotidien, sans se révolter, est un signe éloquent de déshumanisation. De même que vivre de l'échec du collectif auquel on appartient est une forme de déshumanisation. Quand on se délecte de la mort de ses organes vitaux, la vie devient "un lent pourrissement", l'écho d'un échec retentissant. Dans ce contexte, il n'y a pas de succès qui tiennent.

N'est ce pas étonnant et paradoxal que tout un collectif agonise d'indigence alors que quelques-uns s'enivrent de réjouissance ?
En effet:
  • Tandis que la justice patauge dans une indigence innomable, des acteurs du réseau des PME (Politiques, Médias, Experts), assurant le service marketing du système, ne tarissent pas d'éloge sur les succès de la finance.  Ici on ne prend pas le temps de questionner les contadictions structurelles entre l'apparent et le réel. ici on ne cherche pas les liens déstructurants entre la finance qui sert d'actif au profit d'une minorité et l'indigence qui est inscrite au passif de la majorité.
  • Tandis qu'Haïti est bon dernier dans la Caraïbe et occupe la 182ème place (sur 190) dans le rapport 2019 « Doing Business » de la Banque Mondiale, ces mêmes acteurs ne cessent de célébrer les innovations technologiques d'une Haiti résolument orientée "open for business". Et même qu'ils ne se gênent pas pour louer la vision et l'intelligence de ce qu'ils appellent les bâtisseurs. Si nous étions animés d'une quelconque méchanceté, nous aurions dit les bâtisseurs du pire, car l'empire pue la défaillance. Encore faut-il rappeler que par bâtisseurs, il  faut entendre par là ceux qui ouvrent des comptoirs pour assurer le transfert de fonds ou de la nourriture de la diaposra vers Haiti. Un business qui ne demande aucune innovation, un commerce n'est assujetti à aucun risque et qui ne demande qu'une vision rudimentaire de la comptabilité. 
  • Tandis que le pays est systématiquement classé champion en matière de corruption, les médias du même réseau nous vantent la santé économique des banques haïtiennes.
  • Tandis qu'Haïti occupe les derniers rangs en matière de développement humain et qu'on a toutes les peines du monde à trouver des moyens pour financer le développement, penser la gouvernance et assurer le fonctionnement des institutions publiques, le budget des agences internationales et des ONG ne cesse de gonfler. Et même que celles-ci n'arrêtent pas d'arnaquer l'opinion en présentant annuellement des bilans positifs de leurs activités, alors que tout est ruines et décombres.

Tout se passe, tout se fait, tout se médiatise comme si dans un écosystème qui meurt et se liquéfie sous l'incidence de son acclimatation avec les ordures, il pouvait y avoir d'autres succès que les relents de la pourriture. C'est là un bien sombre tableau sur lequel tout ce qui a rapport avec le collectif porte la marque de l'échec alors que les intitiatives personnelles semblent réussir. 

Cette réalité suggère qu'il existe un bug de la pensée, une déviance de l'intelligence, une métamorphose indigente des comportements qui se conjuguent pour postuler qu'on ne peut réussir en Haïti que si on agit contre le collectif ou si on est intégré au réseau de promotion de la corruption. Tout le pays semble se mouvoir par cette même dynamique négative : on maximise ses profits au détriment du collectif. 

Une telle démarche par laquelle chacun vit et réussit à travers l'échec du collectif ne peut pas être le fait de simples dysfonctionnements institutionnels nécessitant quelques renforcements ou ajustements techniques. Il y a quelque chose de bien plus systémique. Il y a un refus ou une incapacité de penser stratégiquement ce pays. Comme si certains sont plus à l'aise et ont plus à gagner dans les petites routines consistant à changer le pansement plutôt que de s'investir dans une stratégie globale pour penser le changement. Comme si d'autres ou les mêmes ne peuvent se réaliser qu'en optant pour la stratégie de la médiocrité et du pire. Comme si une certaine expertise internationale et nationale n'a de raison d'être et ne peut s'exercer que dans le chaos et l'indigence pour uniformiser l'échec des peuples. D'où leur frénésie à célébrer la résilience haitienne. Lisez cette adaptation à la misère qui conduit aux chants médiocres de "Pito nou lèd nou la" ou du "Bouche nen w piu bwè dlo santi".

Dès lors, l'échec ne peut plus être une affaire de dysfonctionnement. C'est le chant du héros de la malice célébrée par nos contes populaires (voir notre billet : les axes structurels de la corruption dans la rubrique enjeux citoyens). Assumer cet échec comme une part de notre culture, prendre le temps pour se défaire de nos valeurs médiocres, se réapproprier les fondements de la pensée stratégique exigent davantage que de simples postures, qu'elles soient de vibrantes dénonciations de la corruption ou d'intenses rêves de changement émaillés de slogans de #AyitiNouVleA. 

Réinvestir et se réapproprier les champs de la stratégie et de la connaissance

Qu'importent les puissantes ramifications qui entretiennent et nourrissent les succès indigents dont nous nous gavons, ceux-ci ne pourront pas toujours durer. Car les rentes de l'État diminuent, les acteurs sont obligés de trouver d'autres sources de financement d'où les ramifications criminelles qui viennent structurer l'économie. Ce qui justifie la prolifération des monstres de plus en plus indigents qui émergent comme nouveau profil du management politique. 

Et c'est cela même qui rend urgent le besoin d'une rupture pofonde d'avec l'indigence. Car, comme disait Wiston Chrchill, quand on refuse de prendre le changement par la main, celui-ci finit toujours par nous prendre par la gorge. On ne peut pas continuellement rester à la surface et refuser de comprendre que c'est à la racine des choses et en profondeur qu'il faut agir pour guérir le mal. 

Quand, dans un village, une mauvaise hygiène alimentaire perdure et conduit à une intoxication chronique de la population, ce ne sont pas les structures pharmaceutiques qu'il faut uniquement renforcer. Ce ne sont pas les livreurs qu'il faut changer. Il faut chercher les causes dans la fraicheur et la qualité des produits alimentaires, dans la propreté des techniques de cuisine, dans la sécurité de la conservation des aliments. Il faut questionner et diagnostiquer tout le circuit de l'alimentation et tout le savoir-faire connexe qui s'y greffe.

Évidemment, tout ceci ne peut se faire sans vision, sans outils et sans méthodes. Voici pourquoi, il faut se méfier des slogans à la mode et des effets virtuels du marketing politico-médiatique. Il faut réinvestir les champs de la rationalité et de la stratégie pour faire émerger des représentations intelligibles pour les politiques et les acteurs métiers des domaimes stratégiques de l'État. Il faut redéfinir la vision du partenariat public-privé pour que la gouvernance d'entreprise ne soit pas un outil d'enrichissement des entrepreneurs au détriment de la faillite de la gouvernance publique. "Il faut revenir aux fondements de la réflexion sur les stratégies pour rejoindre les trois brins de la guirlande éternelle entrelaçant l'épistémique, le pragmatique et l'éthique" (Marie-José Avenier et Jean-Louis Le Moigne).

C'est dans l'intinérance de la pensée complexe, contre la pensée simpliste et enthousiaste, qu'il faut placer l'action pour faire face à l'impensé stratégique organisationnel qui nous maintient dans la trajectoire de l'échec. Comme dit Edgar Morin "l'éthique de l'action nous oblige de mobiliser l'intelligence pour affronter la complexité de la vie et du monde ". Quand on doit porter le changement dans un environnement aussi précaire qu'Haïti, il nous faut imiter la nature. C'est-à-dire, qu'il nous faut prendre le temps pour maitriser les obstacles afin de leur opposer une patiente, mais intelligente, érosion des contours.

Cette patience et cette attention pour inscrire l'action dans l'intelligence et la durée sont des vecteurs de la connsaissance. C'est ce que nous enseignent à la fois l'économie de la connaissance et l'épistémologie. Une connaissance qui, selon Marie-José Avenier et Jean-Louis Le Moigne, " [...] ne peut se construire que sur une durée suffisante, par une confrontation sans cesse renouvelée entre les concepts et les données empiriques, et un souci constant de modélisation pertinente et rigoureuse. C’est à ce prix que l’on peut passer d’une connaissance à propos de l’action à une connaissance pour l’action". C'est à cette seule condition que l'on peut espérer passer de l'impensé stratégique au "savoir pour agir" afin d'atteindre le "connaitre est agir". 

Rien de tout ceci n'est possible sans de profonds bouleversements. Á nous de savoir, si nous allons laisser ces bouleversements nous surprendre sous la forme d'un grand chaos; ou si nous allons construire ensemble, avec intelligence, l'organisation et le leadership pour conduire ces boulerversements pour atteindre le rêve....du changement...Et surtout pour sortir de l'impensé stratégique organisationnel.


Erno Renoncourt 


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