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Le billet éditorial

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De la vision à l'organisation, quel leadership pour la transformation ?

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Dans le rythme virevoltant et continument houleux de la saison Petro, la thématique de la corruption s'installe, en Haïti, comme l'innovant concept révolutionnaire à la mode. Chacun se laisse aller, à coup de slogans anti-corruption, à décrire l'Haïti qu'il veut. Chacun part du noble principe qu'il détient la vérité du changement et qu'il suffit de tweeter, de porter une pancarte ou de crier à tue-tête, contre les corrupteurs et les corrompus de l'autre camp, pour exorciser le fléau capital qu'est la corruprion et qui serait la racine de toutes nos misères. 

Ainsi, dans le grand bazar des réseaux sociaux, grâce aux soubresauts vertigineux du tout virtuel, #AyitiNouVleA semble devenir la référence absolue du changement tel que revendiqué par les #PetroChallengers. Force est de constater que la volonté, telle qu'exprimée, jusqu'à date, semble impertubable. Et les intentions paraissent tout autant louables. On notera cependant que la vision transformationnelle et les outils pédagogiques et organisationnels pour mobiliser, sensibiliser et fédérer, afin d'atteindre cette nouvelle Haiti, sont encore introuvables. Disons simplement qu'ils ne sont pas encore explicitement identifiables. Ce qui rend, néanmoins, la révolution improbable, tout au moins, pour le moment. 

Malgré tout, surfant sur la vague toute puissante du moment qu'est PetroCaribe, la lutte anticorruption apparait comme le leitmotiv d'une nouvelle militance citoyenne revendiquée fièrement par la génération post 1986 qui se veut jeune et se croit "technologiquement outillée". Imbus de leur maitrise de l'espace virtuel et de l'immédiateté de l'effet des messages-slogans hashtaguésretweetés, commentés et likés en boucle, ils s'estiment autossufissants pour conduire la transformation d'Haïti. Et même qu'ils veulent le faire sans leaders, sans organisation et sans leadership déclaré et assumé. Pour ces challengers de la génération Twitter et Facebook, la vérité est dans le slogan:  Lide avan Lidè, assument-ils machinalement, mais non moins pompeusement. Lisez, les idées avant les leaders. Exit, tout ce qui est vieux ! Exit, tout ce qui est politique ! Exit aussi tout ce qui est organisation et transmission !

Certes, tout cela paraît très jeune et bien noble. Mais, c'est quand même très peu, insuffisant, voire réducteur. Et même qu'il faut redouter que ces excès de jeunesse et de noblesse idéologique n.entache le mouvement de certaines lacunes identitaires (entre soi) et/ou de quelques dérives sectaires (exclusion de tout ce qui n'est pas soi) du passé. 

Car, au vrai, aucune idée ne nait de nulle part. Même les slogans, les plus puissants, exigent un minimum d'organisation, de transmission, donc de leadership, pour qu'ils prennent forme et corps dans le décor social. Une manière de dire que les idées, même les plus géniales, ont besoin d'un contexte organisationnel, d'un référentiel et d'un creuset pour devenir intelligemment mobilisatrices. Car, l'idée du changement, ce n'est pas encore le changement. Le rêve du changement ne remplace pas le besoin de l'organisation pour construire le changement. Il faut des outils, de la méthode, de la pédagogie et une avant-garde éclairée pour constrruire la vision et mobiliser les parties prenantes. C'est vrai qu'on a besoin de rêve pour faire naître le goût de l'inespéré et de l'inattendu afin de mobiliser les hommes comme nous l'apprend Antoine de Saint-Exupéry, quand il nous dit :

« Si vous voulez construire un bateau, ne vous contentez pas de réunir des hommes, du bois et du fer, mais parlez-leur des mers que le navire sillonnera jusqu’à les en faire rêver … ».

Mais le rêve ne suffit pas et on ne peut pas non plus se contenter du nombre de ses followers et des retweets de ses slogans pour croire qu'on est une entité "toute puissante" et prête pour le changement. C'est bien ce que nous raconte Colin Powell dans sa citation « un rêve ne devient pas réalité par la magie, mais par la sueur, la déterminantion et le travail acharné ». Et ce travail acharné ne peut se faire que dans la mise en commun, dans la conjonction des intelligences et la confrontation des divergences.

Une manière de préciser que le changement ne se construit pas dans le copinage en recyclant les réseaux d'accointance. Le changement ne peut se faire que par le regroupement des intelligences sous la détermination d'un leadership résolument engagé politiquement et conscientisé historiquement. Á moins que le changement ne soit une innovation militante dans le sillon du marketting politique triomphant; lequel, débarrassé de toute idéologie, est capable de vendre n'importe quoi à partir de quelques concepts et de quelques slogans médiatisés. Ce qui explique sans doute la montée fulgurante de cette forme de pensée neutre promue par les Politiques, les Médias et les Experts (professionnels et intellectuels) de la société civile comme nouveau business (PME) militant en vogue.

Ainsi,  dans la frénésie du moment, tous deviennent des militants anti-corruption. Il y en a même qui se voient comme de fougueux révolutionnaires pronant la rupture complète d'avec tout ce qui n'est pas jeune et qui ne revendique pas l'appartenance aux idées-slogan portées par le hashtag #AyitiNouVleA. Même les plus corrompus et les plus réactionnaires s'en mêlent. Vous avez sans doute vu comme moi l'image de ce puissant sénateur déambulant, audacieusement, le 17 octobre 2018 dans les rues avec sa pancarte et son T-shirt estampillé "KotKòbPewokaribeA ?", alors qu'il était le conseiller stratégique et l'allié politique de ceux qui ont dilapidé les fonds de PetroCaribe.

Ainsi, conjoncturellement, dans le cycle de ces saisons de révolte, qui voient fleurir (et bientôt mourir) des idées sans vision partagée et sans cohérence idéologique argumentée, tous veulent incarner la pureté anti-corruption, tous veulent représenter l'alternative contre le système de corruption. Même les plus convaincus sympathisants et les plus zélés artisans du système.

Évidemment, la corruption n'ayant jamais été aussi fortement institutionnalisée en Haïti, il n'est que réconfortant de voir une génération de jeunes ou de moins jeunes partir à l'assaut de cette forteresse de malheurs. Mais, encore faut-il qu'ils soient culturellement et éthiquement armés pour bien savoir s'y prendre et déjouer les pièges des illusionistes et des imposteurs du système ! Mais encore faut-il aussi qu'ils comprennent qu'il ne suffit pas de scander des slogans et de tweeter en boucle des hashtags, fussent-ils à la mode, pour devenir révolutionnaire. L'exemple du Brésil, où Michel Temer a succédé à Dilma Rousself, en la faisant tomber pour corruption, alors qu'il serait lui-même impliqué dans de nombreux sacandales de corruption, doit nous alerter, nous mettre en garde et nous rappeler qu'on ne devient pas un exemple à suivre et qu'on n'incarne pas le changement parce qu'on dénonce la corruption. Car souvent, c'est la corruption de nos ennemis et des autres qui nous dérange. 

Depuis la nuit des temps, nous avons appris à faire preuve de cécité, de surdité et de complicité vis-à-vis des médiocrités qui nous sont profitables. En Haïti, nous avons tous appris à lire et à écrire dans la célébration de la duplicité, de la malice et de la roublardise, dans le culte du héros de l'imposture : "Ti Malice, au pays des merveilles"

Et là est toute l'intelligence de l'affaire. Car la corruption a des fondements autant structurels que culturels. Et à ce titre, nous sommes tous, autant que nous sommes, porteurs de risque pour la société. Et le risque est à la fois institutionnel et individuel. Dès lors, il importe de bien comprendre la structure de la corruption pour mieux savoir comment la prévenir et la combattre. Il importe de savoir et de pouvoir objectivement construire les alliances intelligentes capables de faire émerger le leadership stratégique pour forger la vision et construire l'organisation qui nous conduira à la transformation d'Haiti comme le veulent, non pas seulement les jeunes et la génération Twitter, mais tous ceux et toutes celles qui aiment profondément et qui habitent véritablement Haiti.

Pour conduire le changement, de manière innovante, on doit au moins maitriser l'histoire et connaitre le passé afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Quand de nombreux déficits se cumulent depuis deux siècles dans un pays, on ne peut pas contribuer au changement en se présentant comme l'alternative immaculée et en excluant tout ce qui n'est pas soi. Quand les Macoutes sont venus en 1957 ils avaient dit qu'ils ne voulaient pas des communistes et des progressistes. Quand Lavalas est venu en 1991, il a exclu les Macoutes. Quand GNB est venu en 2004, il a exclu Lavalas. Quand les Têt Kale nous ont été imposés, ils ont voulu se regrouper en bandits légaux, excluant tout ce qui est en faveur de la démocratie, de la justice et de l'intégrité. Nous connaissons tous les résultats de ces exclusions successives.

Tout mouvement qui revendique la pureté idéologique, le monopole de la vérité et l'incarnation du bien contre les autres est dangereux. Le sectarisme, qu'il soit politique, culturel ou religieux, est une forme de balkanisation. Qu'importe ses attraits jeunes et modernes, tout mouvement qui prône l'exclusion, au nom d'une forme de pureté citoyenne, même apolitique, est un projet réactionnaire aux relents identitaires et potentiellement totalitaire. Aucun groupe ne peut prétendre détenir la légitimité pour incarner à lui tout seul le changement. Nous sommes les mille fragments épars d'un pays dépecé, et morcelé, c'est en nous regroupant intelligemment que nous pourrons construire cette unité historique de peuple, si nécessaire pour nous régénérer dans notre humanité et nous pousser vers la transformation.

Avoir des rêves de changement ne suffit pas. Il faut de l'intelligence et du recul historique pour comprendre que le vrai changement ne sera pas l'oeuvre d'un groupe, d'un parti ou d'un génie messianique. Dans cette Haiti clanique, le vrai changement viendra, quand émergera le leadership transformationnel sur les décombres fûmants de nos égos et de nos médiocrités. Dans la continuité de la pensée de George Bernanos, qui nous rappelle que "ce sont les démocrates qui font vivre la démocratie, ce sont les citoyens qui font vivre la république", nous disons que ce sont les hommes et femmes exemplaires, responsables et éthiques qui construisent le changement. Le changement véritable se fera sans hashtag, sans slogan, sans publicité. Il émergera dans l'itinérance d'une démarche pédagogique ancrée dans une vision de transmission générationnelle où les vieux passeront aux jeunes le flambeau pour que l'expérience du passé éclaire les rêves du présent et aide à construire le projet du futur.

En nous appropriant, une fois de plus, la pensée d'Antoine de Saint-Exupéry, selon laquelle, "chacun est responsable de tous", nous disons, chacun doit devenir une brique éthique pour protéger la société. Chacun doit flamber de ses étincelles et irradier sa lumière pour faire passer la flamme de l'enfumage à l'éclairage. Tel est le message du manifeste citoyen que nous laissons retentir dans ce blogue comme contribution citoyenne à la lutte pour le changement.


Veuillez lire les billets de nos thématiques citoyenne et organisationnelle pour ce mois de novembre 2018.


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