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Le mythe de l'excellence académique haïtienne à l'épreuve du dilemme éthique

Le constat du vide éthique

Excellence

Il est devenu presque lassant d’entendre à la radio ou de lire sur les réseaux sociaux les murmures et les plaintes émanant du collectif haïtien dont la trajectoire s’éloigne de la lumière éthique et de l’espérance de dignité des peuples. Il est angoissant, douloureux et poignant de voir le spectacle de ce peuple, jadis, météorite éclairant la liberté des peuples, qui agonise dans l'obscurité. L'échec de ses élites est palpable : l'humain se meurt et, dans un enfumage épais, l'indigent émerge ! Là où Cuba a résisté, forçant à l’admiration de son peuple et de ses leaders ; là où la Palestine colère, se révolte et se cherche, montrant l’imposture du droit international ; là où le Venezuela résiste et se bat, dévoilant l’escroquerie de la démocratie occidentale ; Haïti danse, s’adapte et sombre sous le poids d’une indigence insoutenable qui célèbre la résilience et fait la fête à l’assistance humanitaire.

Devant le constat de la détresse collective, tout ramène à un même sentiment empreint de dualité : fatalité face à la souffrance et adaptation vis-à-vis de la médiocrité. Tout est si vide et si creux que l’espace dérive dans l'insignifiant en se laissant remplir par la cacophonie des bruits venant des franges criminelles d’une alliance économique et politique aux accointances internationales puissantes. Au loin, s’étouffent les échos silencieux d’une métamorphose sociale et culturelle indigente qui cherche à survivre ou à trouver sa place dans ce décor de déshumanisation.

Si tous les constats sont unanimes à reconnaitre le triomphe de la médiocrité, c’est davantage sur les causes et les solutions que presque tous les diagnostics se trompent. C’est si vrai qu’il faille rappeler sans cesse le besoin d’aller au-delà des postulats de simplicité pour arpenter le réel dans ses profondeurs ; C’est si vrai qu’il faille toujours enseigner l’urgence de se référer à des méthodes structurantes basées sur la complexité pour ne plus s’arrêter en surface dans la quête de l’intelligibilité nécessaire à la résolution de nos problèmes.

Le postulat de la simplicité par la précarité

L'improbable capacité pour Haïti de s’éloigner de ces diagnostics simplistes, qui maintiennent son collectif dans un tunnel asphyxiant, vient d'une double lacune :

  • Ceux qui ont le savoir, et qui devraient aider à trouver les bonnes solutions, sont financés et sont au service de ceux qui entretiennent l’escroquerie pour leurs intérêts.
  • Dans sa majorité, le collectif haïtien reste hostile à la vérité et ne supporte pas la contradiction.

La précarité ambiante dicte les règles d’un sauve qui peut où chacun va perfectionner sa débrouillardise pour maximiser ses chances de succès personnel et sécuriser ses zones de confort médiocre dans un écosystème qui aime la tranquillité. Le savoir n’est plus au service de l’innovation, de la déviance et de la turbulence.

Ainsi, majoritairement, l’haïtien, qu’il soit instruit ou analphabète, préfère s’allier à ceux et celles qui confortent ses certitudes simplistes plutôt que de se confronter aux turbulences qui le structurent. C'est pourquoi tous les groupes haïtiens, sociaux, culturels, politiques, religieux, fonctionnent dans un entre-soi où la règle est d'être à l'aise entre copains et coquins. On ne vous accepte que si vous êtes du milieu ou si quelqu’un du milieu vous a recommandé. Ce sont les réseaux d’accointances, et de préférence mafieuses, et non de compétence ou d’intelligence qui déterminent le succès.

Oser le pari de la vérité
Pour survivre ou pour triompher, chacun va proposer des solutions cosmétiques qui plaisent et rassurent ceux qui détiennent les cordons de la bourse et définissent les stratégies du chaos. Et forcément, quand c’est le même argent qui finance les partis politiques du pouvoir et de l’opposition, subventionne les élections frauduleuses et commande les publicités dans les médias, finance les projets de renforcement institutionnel et arme les gangs, tout ne peut être qu’indigent.
Qui appeler au secours, quand la loi, la justice, le pouvoir et les médias sont au service d'un même modèle d'affaires ? La prolifération des gangs dans les rues et la criminalisation de la représentation politique sont liées à la nature du modèle économique haïtien dominé par l’escroquerie, et la criminalité.

Il est impossible d’aborder le triomphe da la médiocrité en Haïti sans questionner l’indigence de son éducation, sans chercher les liaisons dangereuses grâce auxquelles ceux qui ont les diplômes, les brillants parcours académiques viennent au secours des cancres et des affreux et leur sert de caution intellectuelle. Quand on est solidaire de la même laideur humaine, on partage forcément le même déni pour la vérité, on cultive le même mépris pour l'éthique et on s'assemble dans la même obscurité. Dans ces lieux de complicité, de cécité, de surdité, on ne recherche pas les alliances qui éclairent et structurent, mais les convergences qui enfument et rassurent.

Ceci nous amène, une fois de plus, aux vérités qui dérangent. Quelle est la valeur réelle des profils des universitaires Haïtiens à qui on accorde, à tort, une certaine présomption parce qu’ils ont eu un brillant parcours scolaire et académique ici ou ailleurs.

Le mythe de l’excellence de certaines écoles haïtiennes
Ah, l’éternelle problématique de l'intelligence ! Qui est intelligent et qui ne l'est pas dans un pays où tout est sens dessus, sens dessous ? Comment reconnaître l’intelligence : Par les titres universitaires ? par les parcours académiques ? Par l'emploi et la fonction ? Par le statut social et le succès économique ? Par les accointances diplomatiques, sociales, politiques et culturelles ?

De quelle intelligence peut se réclamer l’universitaire qui poursuit le même objectif matériel qu’un gangster de rue ? De quelle réussite peut se réclamer l’universitaire qui met son savoir au service du même modèle d’affaires que le gangster qui lui dévoue ses armes et ses soldats ? Est-il possible que dans un gouvernement, dans une administration avec des gens ayant de brillants parcours académiques, on ne puisse trouver un seul qui soit capable d’oser renoncer à son poste en se déclarant ouvertement contre telle dérive constatée en désaccord avec ses valeurs?  Cela va sans dire que nos universitaires sont des gens sans valeurs. Car si tous les universitaires doivent sacrifier honneur et dignité pour continuer à vivre et à nourrir leur famille en servant la corruption et l’injustice, qu’est qui les distingue des gangsters qui dédient leurs armes et leurs atrocités au même système de corruption et d’injustice ?

Forcément, les écoles et les universités haïtiennes qui jouissent de la réputation de bonnes écoles ont une grande part de responsabilité dans cette indigence qui scelle notre destin. Ce sont elles qui ont préparé nos brillants fraudeurs, nos experts en escroquerie, nos spécialistes en duplicité et nos professionnels de la neutralité. Elles ont façonné notre manière de voir l'humanité, sans recherche de grandeur et de dignité, sans engagement pour des valeurs et sans idéal de noblesse. En nous apprenant à faire abstraction de tout, pourvu que cela nous profite, elles ont créé un vide éthique immense dans lequel se sont infiltrées toutes les médiocrités humaines qui nous déshumanisent.

Quand ceux et celles qui ont un semblant de réussite académique, dans un pays, ne peuvent pas risquer leur confort et leur zone de tranquillité pour mettre leur savoir au service de la justice, de la vérité et de l'éthique, cette société sera forcément toujours dirigée par des minables, des gens de peu, des personnes à valeurs déficientes ou amoindries. Quand le savoir se fait docile pour survivre, il offre à la médiocrité un boulevard sur lequel les affreux peuvent rapidement circuler en mobilisant leurs ressources économiques et leurs accointances diplomatiques.

Alors en ce lieu, la réussite sera toujours acquise aux personnes humainement médiocres. Qu'importe si certains ont des diplômes universitaires ou pas ! Qu'importe si d'autres ont visité Paris, Montréal et Londres ! Qu'importe si elles roulent en BMW, Mercedes ou Hammer ! Qu'importe si elles ont fait un parcours sérieux ou hasardeux à Harvard, Laval, Bordeaux ou Paris IV !

C'est dans ce vide éthique qu'il faut trouver les réponses à notre insoutenable indigence. C'est d'ailleurs ce que rappelle Leslie Péan en citant, dans un texte à propos, le professeur Shi Yinkong, « La pertinence avec laquelle une nation se critique et se fait critiquer sur le plan éthique fait preuve de la véritable grandeur de cette nation ».

Renouer avec l’excellence académique
C’est une manière de rappeler que si nous n'étions pas, dans notre immense majorité, confortable du point de vue de nos réussites minables avec la médiocrité dominante, nous aurions inventé des moyens de nous en défaire.
Toute réussite qui n'est pas traversée par les turbulences du dilemme éthique n'est qu'enfumage et indigence. Le savoir n'a de sens que s'il nous prédispose et nous engage à de grands sacrifices pour les valeurs qui magnifient notre humanité et notre dignité. Un être éduqué qui ne s'enflamme pas pour des valeurs autres que matérielles est un indigent.

A quoi sert de faire de brillantes études, de se référer aux grandes théories sociales, de s'abreuver dans les bibliothèques qui maintiennent vivantes les idées des De Vinci, des Hugo, des Gramsci, à quoi bon visiter les textes de Fanon, de Roumain, de Stephen Alexis, de Césaire et de Cheik Anta Diop si les valeurs qu'ils transmettent dans leurs œuvres ne nous enflamment pas de rage et de colère contre la bêtise ? Une âme qui reste silencieuse devant le triomphe de la médiocrité est une âme médiocre et indigente.

Toute flamme qui n’éclaire pas enfume. Tout déficit éthique invalide la présomption de compétence académique. De sorte que les titres académiques et même le savoir seront toujours insignifiants quand ils sont au service du vice, de l'escroquerie, de la criminalité et de l'imposture. L’école et l’université ne retrouveront leur excellence que si elles préparent les hommes de savoir à s’enflammer pour imposer leurs valeurs comme lumière et non plus à s’adapter à l’obscurité pour rester employables et survivre à l’indigence.

Pour finir, je paraphrase volontiers la pensée de Michail Gorbatchev pour rappeler que  "c'est quand les citoyens se mettent à penser, c'est-à dire à exiger de la qualité, que le gouvernement, le parlement [et les élites] se mettent aussi à penser [ à offrir de la qualité ]". De sorte que l'absence de qualité dans un écosystème n'est pas forcément une victoire des médiocres. Elle est davantage le reflet de la médiocrité de ceux qui ont le savoir et les titres académiques et qui sont capables de s'accommoder du vide éthique pour survivre. Car les héros ne triomphent jamais de leur seule volonté, encore moins quand ils sont médiocres; ils ont toujours besoin d'adjuvants et ce sont souvent les gens diplômés qui leur en servent

 
Erno Renoncourt


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