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Rendons au peuple haïtien sa dignité !

Écouter le bruit de l'indigence du monde

CollectifHaitienInsoumis

Une réelle angoisse existentielle est en train de prendre possession des couches populaires, et même des classes moyennes, un peu partout dans le monde. La réalité de l’indigence, qui se répand à coup de misères, de bas salaires, de précarités, de médiocrités, de corruption et de soumission, menace d’embraser la planète en allumant de multiples foyers de contestation. Même les places fortes des grandes capitales occidentales, constituées par les puissances économiques mondiales, ne sont guère à l’abri. Voir Paris, haut lieu de culture, symbole du luxe et de l’opulence, qui gronde et laisse éclater ses accents de colère, est révélateur de cette angoisse sociale. 
Et comme en commune imposture démocratique, le système et ses anges gardiens ont déployé leur arsenal répressif pour intimider et mater la rébellion. Au pays autoproclamé des droits de l'homme, on interdit aussi les manifestations ; on met en joue et gaze des lycéens ; on bouscule, matraque, traine et marche sur des vieillards, des retraité (e)s et des personnes à mobilité réduite ; on défigure ou, si on préfère, on refait le visage des opposants politiques ; on déploie les blindés. Tout cela, rien que pour protéger l'élu de la finance néolibérale qui, tout en prenant le pognon des pauvres pour le donner aux riches, leur disait avec arrogance de venir le chercher, s'ils n'étaient pas contents de sa politique. Toute la barbarie, que les bons vieux médias français et occidentaux nous disaient être l'apanage exclusif des Russes, des Iraniens, des Nord-Coréens et des Vénézuéliens, est exécutée avec une dextérité que peuvent envier les experts des polices politiques des régimes les plus despotiques. Un fait qui a le bénéfice de faire tomber le masque du vernis démocratique toujours revendiqué par le néolibéralisme occidental.

Moscou et Caracas, constamment tancés par la diplomatie française et occidentale, devraient, par le biais de la section des droits humains de l’ONU, demander à ce que l’exécutif français garantisse les droits des manifestants français dans le respect du plein exercice de la démocratie, de la libre contestation et du pluralisme politique. Heureusement qu’en France la contestation n’est pas subventionnée par quelques ONG et quelques agences réputées fauteuses de troubles au service de l'impérialisme. Sauf si la main rouge décolorée du Kremlin serait derrière les Gilets Jaunes. Une manière de préciser que nul, s’il est de bonne foi, n’osera contester l’hypothèse que cette angoisse, qui soulève des vagues de colère et des soubresauts insurrectionnels, résulte de l’injustice des offres politiques portées, soutenues et revendiquées par les oligarchies nationales devenues de plus en plus rapaces et indifférentes à la souffrance des classes populaires.

Aux quatre coins du globe, tandis qu’une minorité de 1% se gave en monopolisant les 80% des richesses disponibles ; une majorité se paupérise et agonise en recevant en pleine gueule les effets désastreux des politiques néo-libérales. Par-ci, des ajustements programmés par des coupes budgétaires livrant le service public des États à l’indigence structurelle pour privilégier les entreprises privées. Par-là, des cycles de crise générés qui renforcent la précarité. Sinon, des exonérations d’impôts, des franchises douanières, des subventions généreuses, l’évasion fiscale pour les riches ou des achats inappropriés auprès de gros fournisseurs en guise de redevances politiques pour leur soutien économique lors des élections. C’est le même schéma qui se répète comme s’il y avait une volonté d’Uniformiser l’Échec (UE) des peuples par la misère, les injustices sociales et la précarité.

Menacés, dénudés, terrassés par les effets de ces politiques socialement précaires, en certains lieux, les couches sociales s’indignent et font entendre leur colère dans une fureur qui surprend et panique les architectes et défenseurs de l’ordre néo-libéral. Méfiants vis-à-vis des politiques, des réseaux de citoyens, de plus en plus critiques, se regroupent et cherchent des alternatives. Pour la plupart, il leur manque encore la claire conscience des objectifs de leur lutte dans une perspective d’alliances stratégiques pour faire plier le système. Dans leur quête de justice sociale et au contact de la violence répressive exercée par les gardiens de l’exploitation, ils ne peuvent s’empêcher de s’enflammer de colère pour éclairer l’obscurité qui les effraie. L’imposture de leurs élites et la médiocrité des politiques que celles-ci mettent en avant pour leur succès engendrent une précarité qui préfigure un modèle économique et social justifiant le postulat de l’indigence pour tous.

En Haïti, l’offre politique est si médiocre, tant dans sa forme que son contenu, qu’elle s’exprime par des projets économiques et sociaux portant des noms misérables tels que « ede pèp[1] », « plat a tè[2] ». Des dénominations suffisantes pour comprendre qu’objectivement le but de ces projets est de rabaisser l’individu pour le ramener à sa plus plate bestialité, lui enlevant toute dignité et toute humanité.

Vers une quête d’authenticité

Le temps est donc à la parole authentique pour faire émerger, au-delà du désespoir, une nouvelle utopie citoyenne. Il y a deux ans, j’avais appelé à une internationalisation des luttes populaires par multiplication des réseaux d’insoumission. Une manière intelligente de nourrir la contestation contre le système d’exploitation mondiale par l'interconnexion de multiples foyers de révolte. Une façon subtile, par-delà les distances géographiques et culturelles, d’entretenir des connexions citoyennes afin de relayer l’écho des luttes populaires qui cherchent à contrer l’indigence politique mondiale. Une manière de raviver la flamme d’une nouvelle internationale des peuples.

C’est le sens de ce plaidoyer qui livre des échos d’une opportune initiative pour que chacun se laisser transcender et aide les autres, autour de lui, à se relever du sol et à prendre de la hauteur. Cette quête doit devenir une vraie initiative pour faire surgir un engagement citoyen illuminé par une claire conscientisation et une grande responsabilisation responsabilisation par rapport à la nécessité de construire des alliances stratégiques conjoncturelles. De toute évidence, en ce qui concerne Haïti, il faut de courageuses initiatives pour dimensionner l’expression du besoin des actions, porteuses d’espérance, pour une prise en main collective. L’urgence de ce plaidoyer, dans sa quête d’authenticité, se fait d’autant plus sentir que la thématique qu’elle aborde est en adéquation avec le contexte politique et social dans lequel Haïti vit ou plutôt désespère et meurt. Encore que cela concerne aussi d’autres pays. Encore qu’ailleurs aussi, la colère couve, gronde et explose dans une rage jaune (comme à Paris), couleur des flammes rappelant les barricades de la commune qui menaçaient Paris, il y a deux siècles déjà. Ce qui tend à confirmer le reflux des vagues de l’histoire, ramenant à marée basse les conflits étouffés et les injustices criantes exacerbées par le néo-libéralisme dans sa phase sauvage.

Forcément, on est tenté d’établir un parallèle entre ce qu’il se passe en France et en Haïti ces derniers jours. Une sorte de clin d’œil à l’histoire et à la conjonction des évènements ayant amené, par le passé, les révolutions de 1789 et de 1804. A la vérité, si hier, Haiti, anciennement Saint Domingue, brûlait de mille colères et de révolte contre l’esclavage, elle parait aujourd’hui plutôt tétanisée et atrophiée. Pourtant, la majorité de la population vit toujours dans les mêmes conditions infra humaines qu’au temps de l’esclavage, avec le seul avantage que les gens ne sentent plus le poids de leurs chaines. Comme si la majorité de la population (toute couche sociale confondue) avait appris à supporter sa misère. A l’inverse, depuis quelque temps, on voit Paris, même dans son opulence, être le théâtre d’une révolte citoyenne légitime pour exiger des conditions de vie moins précaires. On comprend à peine qu’Haiti, défigurée par la misère, la corruption et la médiocrité, puisse revendiquer la tranquillité du statuquo pour vaquer à ses indigences ; alors que Paris, si coquette, si raffinée, si cultivée, se montre si rebelle et si enflammée dans sa colère contre l’injustice sociale. Si Haïti, avec ses PetroChallengers, inquiète par son adaptation et à sa résilience à l’indigence qui rend toute réussite précaire ; Paris, avec ses Gilets Jaunes, inspire et motive par la détermination et la cohérence organisationnelle contre les injustices sociales et la violence du système. Quand on sait qu’Haïti est mille milliards de fois plus misérable et plus vulnérable que Paris, on se dit que s’accommoder de toutes les injustices et de toutes les précarités ne peut que révéler l’immense déshumanisation qui s’est emparée de cette région livrée à l’appétit des vautours.

Objectivement, ceci rend nécessaire l’émergence d’une pensée et d’une parole en rupture d’avec l’imposture dominante pour couvrir le bruit de la métamorphose joyeuse et pompeuse. C’est au nom de cette urgence que ce plaidoyer veut aborder l’angoisse de la réalité haïtienne. N’ayant pas le monopole de la vérité, on s’en tiendra à l’authenticité. D’ailleurs, un célèbre généticien français, Albert Jacquard, disait qu’ « il est toujours préférable d’oublier la vérité pour privilégier l’authenticité ». Sans doute, parce que nous ne sommes que mille fragments brisés d’une vérité qui ne nous appartient pas uniquement.  Car, c’est la vérité de notre destinée, de notre dignité et de notre humanité.

Manifestement, la conjoncture haïtienne nous interpelle et oblige à laisser tomber les masques pour ne plus se voiler la face et se défiler devant la réalité et les responsabilités. Les silences devant cette abjecte misère sont angoissants. Les rafistolages pour célébrer comme une résilience l’adaptation de la population à cette monstruosité disent nos complicités et nos médiocrités. Car il ne peut être que médiocre ou escroc, celui qui demande à une population de supporter sans révolte une réalité qui la dépouille de sa dignité en la maintenant « Plat a tè ».

Nous avons atteint le fond où nous devons accepter de nous ouvrir aux turbulences structurantes pour oser repenser nos rapports, dans l’intelligence, avec notre pays, nos institutions, notre environnement, nos compatriotes et avec nous-mêmes. Nous avons laissé imprudemment germer et structurer une certaine forme de médiocrité qui revêt la parure d’une fausse assurance de sécurité. Parce que la délinquance nous a permis de combattre l’autre versant de la médiocrité bruyante, qui paraissait menacer notre tranquillité et nos petits succès, nous nous en sommes accommodés. Alors même qu’il fallait la combattre pour aller vers des alternatives structurantes, Ainsi, la médiocrité est devenue une forme de stabilité. Dans cette absence d’empathie, davantage soucieux de notre confort, nous nous sommes laissés guider par le silence de nos indifférences, le vide de notre humanité, l’avidité de nos élans opportunistes, les accointances ou les complicités qui garantissent nos succès personnels et familiaux. Prisonniers de la routine, nous avons choisi de survivre médiocrement au lieu de tenter de vivre dignement. Nous nous sommes barricadés derrière des murs déshumanisants en fermant les yeux sur l’indigence et les ferments du chaos qu’elle traine toujours dans son sillage.

L’urgence d’un projet collectif

Aujourd’hui, il semble qu’une désintégration sociale certaine nous attend au détour de cette réalité que nous avons laissé germer et fleurir. Peut-être qu’il lui manque encore le support idéologique pour en faire un outil de propagande terrifiante dans une perspective de talibanisation, mais elle ne reste pas moins dangereuse et explosive. Ces vidéos qui circulent et qui montrent des chefs de guerre des quartiers populaires s’entretuer, dans des règlements de compte étatiquement programmés, sous nos regards indifférents, ne sont aucunement réjouissantes et apaisantes. Car, quand ces caïds des cités dévastées et déshumanisées par la misère auront fini de s’entretuer, ils se seront aguerris par l’expérience et, ivres de victoire, ils partiront à la conquête de nouveaux territoires. Et ce sera nous, par proximité sociale, leur prochaine cible et peut être leurs prochaines victimes. Sachant qu’entre grande partie ceux et celles qui les alimentent en armes et les laissent croitre pour fructifier leur business ne sont qu’en transit sur le territoire.

La certitude de notre vulnérabilité rend de plus en plus évidente notre culpabilité commune sans pour autant attester de notre responsabilité partagée. Objectivement, cette délinquance des rues qui impose sa loi est dans le prolongement de la délinquance institutionnelle que nous avons légalisée ou avec laquelle nous avons développé des accointances politiques, économiques ou sociales. Cette délinquance n'est entretenue parce que certains en profitent et que d’autres s’en détournent sans, pour autant, oser la combattre énergiquement. Aujourd’hui, l’urgence nous commande de nous défaire de nos impostures pour assumer notre destin de peuple. Car, il n’y a aucune dignité de continuer de vivre de l’assistance internationale. Il n’y a aucune fierté à accéder à un semblant de dignité seulement en acceptant de devenir des citoyens de seconde zone dans un autre ailleurs où l’on est fichés comme éternels réfugiés humanitaires ou économiques. Il est temps d’initier les démarches citoyennes afin de sortir le pays de cette trajectoire obscure qui enfume tout ; jusqu’aux succès les plus méritoires et les plus durement acquis, s’il en existe.

Osons construire les alliances stratégiques pour réaliser une nouvelle unité historique contre les ennemis du peuple haïtien. Que les classes moyennes mettent leur savoir à contribution des classes populaires, dans un rôle d'avant-garde, pour aiguiller leur lutte en l'orientant vers un projet national. Tout porte à croire que c’est parce qu’il nous manque un projet collectif, capable de nous rassembler par-delà nos différences, que les monstres hideux qui nous habitent prennent toujours le dessus et nous emmènent du côté obscur de nos faiblesses et de nos laideurs. Tout porte à croire que c’est parce que nous préférons les certitudes aliénantes aux incertitudes structurantes que nous avons désappris à être dignes pour nous contenter de vivre dans une fausse tranquillité. En refusant le courage d’assumer les divergences structurantes, nous avons semé les graines de la facilité, comme d’une mauvaise herbe qui colonise la pensée et l’atrophie par des raccourcis étouffant tout signe d’intelligence et de dignité.

Non, il n’y a pas d’intelligence dans la résilience vis-à-vis de l’indigence. La seule attitude digne et intelligente face à la misère est de la refuser et de la combattre. Il ne peut être qu’un imposteur ou un escroc, celui qui vous dit de pactiser avec la médiocrité au nom de la tranquillité. Il ne peut être qu’un vendu ou un mercenaire, celui qui vous dit qu’il faut une alternative claire pour initier le changement ; car, sinon, ce sera le chaos. Le chaos est déjà là. Nous ne faisons que l’ignorer en nous accommodant chaque jour, un peu plus, de l’indigence. Alors, il est temps d’apprendre au peuple à être acteur de son chaos plutôt de l’encourager à subir le chaos que ses ennemis lui imposent pour leur succès. Dans le premier cas, il cherchera sa voie et apprendra de ses échecs. Dans le second cas, il désapprend et reste le cobaye du système d'exploitation qui vit de son indigence. Alors chaos contre chaos, choisissons celui qui nous rendra notre dignité et notre humanité par la lutte et la résistance à la bêtise. Apprenons au peuple à être maître de son destin, rendons-lui sa dignité.


Erno Renoncourt


[1] Aidons le peuple
[2] Au ras le sol

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