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La Corruption racontée autrement

PetroCaribe : cette faille géante qui fait tomber les masques

Le rapport de la cour supérieure des comptes sur le scandale Petro Caribe ne finit pas de défrayer la chronique en Haïti. Il apporte, chaque jour, chaque heure et chaque minute, des éléments troublants et surprenants qui révèlent l’ampleur et les ramifications de ce qui semble aller au-delà même d’une complexe affaire de détournement de fonds publics. Ce qui étonne les observateurs avertis, c'est surtout :
  • Le montant des sommes détournées : environ 4 milliards de dollars ! Notons que pour se reconstruire après la seconde guerre mondiale, 16 pays, dont l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Irlande, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède, la Suisse et la Turquie, n’ont eu besoin que de 12 milliards de dollars de prêt venant des États Unis; soit moins de 1 milliard par pays.
  • L’insignifiance des travaux entamés : moins de 10% et parfois rien que des pierres posées !
  • Le pourcentage des décaissements payés : entre 80 et 95% dans la majorité des cas pour des travaux à peine entamés !
  • Le contournement ou les complicités des institutions gardiennes du respect des procédures sur les marchés publics : Cour des Comptes (CSCCA), Commission des Marchés Publics (CNMP), Inspection Générale des Finances (IGF).
  • L’irrégularité des procédures de décaissement : les comptables publics ont validé des demandes douteuses.
Tous ces faits sont symptomatiques d’une corruption systémique. Ils témoignent, au-delà de tout doute raisonnable, que toute l’intelligence du système étatique a été détournée, ou mieux, a été corrompue et alignée sur une stratégie définie en haut lieu pour « porter atteinte à la probité publique » au bénéfice d’intérêts privés.

Devant cette gigantesque affaire, mobilisant toutes les structures étatiques, mais pas que, pour l’enrichissement personnel de quelques individus et de quelques familles, on s’étonne outrageusement que les principaux médias haïtiens aient gardé le silence pendant plus de 4 ans sur ce dossier. De 2014 à 2018, Ils ont même snobé et ignoré les démarches de l’avocat André Michel qui, le premier, s’était approprié de ce dossier (qu’importe que les motivations aient été très politiques), et l’avait porté devant les tribunaux. C’est d’ailleurs dans le prolongement de cette initiative judiciaire qu’il faut situer tout ce qui allait donner de l’emphase au dossier. Citons, d’abord, les 2 rapports de la commission éthique du sénat ; puis leur renvoi par devant la cour supérieure des comptes, dans une tentative des autorités de liquider l’affaire ; et, enfin, l’embrasement de la rue par l’entrée en lice de la société civile grâce notamment au mouvement des Petro Challengers.

N’étaient-ces initiatives relayées spontanément pour la plupart et au hasard des engagements citoyens, sans promotion médiatique, ce qui est aujourd’hui appelé en Haïti, le détournement du siècle, aurait été enterré dans l’oubli collectif. Pourtant, on ne peut oublier combien ces médias étaient activement engagés en 2004 contre le pouvoir Lavalas. Comme de véritables relais de communication des partis politiques de l’opposition d’alors, les principaux médias, regroupés autour de la jeune mais puissante Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), allaient se transformer en quartier général du groupe des 184 pour mener la bataille médiatico-politique qui allait renverser le pouvoir Lavalas. Sans retenue imposée par l’objective neutralité de la profession journalistique, sans réserve déontologique, comme, dans la plus grande imposture, ils la revendiquent aujourd’hui pour justifier leur silence, les médias donnaient écho de tout ce qui pouvait nuire aux autorités d’alors. Un rat avait-t-il été écrasé par une voiture, on s’empressa de voir l’ombre chimérique des "RAT PA KAKA" agissant sur injonction de " l'ignoble dictateur de Tabarre ". 

Forcément, en ce temps, tout était bon pour acculer le régime, le renvoyer dans les cordes et le mettre sur le tapis pour que les commanditaires internationaux de l’instabilité viennent parachever l’œuvre en évacuant le combattant mis KO par les assaillants locaux. Cette stratégie médiatique mise en œuvre efficacement contre Lavalas était appelée « terrorisme du verbe médiatique ». C'était du moins avec ces mots que l’animateur vedette de l’émission RAMASE d’alors se vantait de ses exploits radiophoniques contre les autorités établies. Je suppose que vous comprenez tous et toutes que je parle, pour ne pas le nommer, de celui qui allait, par un retour d’ascenseur politique pour service médiatique rendu au groupe des 184, devenir Maire de la commune de Delmas entre 2004 et 2006.

Connaitra-t-on jamais la liste des journalistes qui avaient bénéficié, auprès du gouvernement de transition d'alors, de juteuses subventions dans les différents ministères pour leurs projets personnels ? Un livre subventionné par ci, un titre de consultant culturel par là, des paquets de publicité gagnés de plein droits et d'autres faveurs ayant permis a plusieurs de devenir de riches entrepreneurs. Les journalistes avaient bien travaillé, les journalistes étaient bien récompensés.
  
Si, par provocation assumée, je fais ce saut dans le passé, au risque de me faire traiter de Rat Pa Kaka, c'est surtout pour évoquer l'odieuse complicité établie, depuis bientôt 7 ans entre la majorité des médias haïtiens, entre une grande frange de la société civile et un pouvoir politique dont les connexions et ramifications avec le gangstérisme et la criminalité ne font plus aucun doute. Certains silences sont lourds de complicité quand ils permettent à un ordre de choses injustes et révoltantes de se maintenir et de perdurer.

Certains diront, avec raison, que ce n’est pas le même contexte, ce ne sont pas les mêmes enjeux, ce ne sont pas les mêmes intérêts et qu’il appartient à chaque média de décider de l’opportunité de ses prises de position. Une posture médiatique sibylline pour dire qu’en absence de condamnation du pouvoir politique par les principales ambassades étrangères et par le secteur des affaires, chaque média est libre de ses choix. De toute certitude, pour la majorité des médias haïtiens au service des affaires et aussi pour la majorité des associations de la sociéte civile haitienne, c’est la communauté internationale qui décide de la légitimité politique et donc de la ligne éditoriale et de la conduite à adopter. Pour confirmer cette analyse, tout observateur peut visiblement remarquer que parmi les principaux médias qui forment l'ANMH, Radio Télé Kiskeya est le seul à être véritablement engagé contre l’escroquerie symbolisée par le pouvoir Tèt Kale.

Manifestement, les failles du dossier PetroCaribe sont si béantes qu’elles ont lézardé les murs de l’imposture sociale haïtienne. Elles sont si pesantes qu’elles ont fait tomber les masques derrière lesquels s’abritaient les forces dites démocratiques de la société haïtienne. Quand, dans une société, des forces sociales ne peuvent pas mettre leur voix dans l'arène pour combattre l'indigence, c'est parce qu'au fond ces forces ne vivent que de l'escroquerie. C'est par imposture, notamment pour accéder aux financements internationaux, qu'elles se font passer pour des forces démocratiques. Le maintien du PHTK au pouvoir pendant ces 7 longues années est un écho de la décomposition sociale haitienne.

Jeu de dupes entre ruse et ingratitude
Comment ne pas s’offusquer de voir, malgré l’ampleur de ce scandale, que la stratégie de nombreux médias consiste à offrir leur espace médiatique comme tribune et à s’ériger parfois même en tribunaux pour que les personnes indexées dans le dossier viennent se défendre. Ils contribuent ainsi à créer une grande confusion dont le but est d’intoxiquer la population au lieu de s’acharner à lui apporter les éléments objectivant les vraies forces qui agissent derrière PetroCaribe ?

Comment ne pas évoquer aussi les complicités de la justice qui jusque-là refuse d’agir pour protéger la société malgré l’existence d’infractions caractérisées contre l’intérêt public et contre la société ? comment ne pas être choqué par l’arrogance des fonctionnaires indexés dont les discours exaspèrent la population ? Comment ne pas être indigné devant le déni de responsabilité et l’absence de culpabilité qui transpirent dans les discours de ces gens ? Tout cela participe d’un jeu de duperie qui défie le bon sens et insulte l’intelligence humaine.

Sans dignité, Sans honneur, Comme de vulgaires voleurs, des hommes et des femmes qui ont prêté serment pour servir la République se sont transformés en fossoyeurs de la population. Ils ont bouffé des centaines de millions qui auraient pu offrir une nouvelle chance à des millions de gens. Et comble d’arrogance, forts de leurs accointances médiatiques et diplomatiques, ils s’en gavent à cœur joie et sans remords. Et même qu’ils osent insulter les journalistes et les militants qui osent dénoncer leur forfaiture et leur escroquerie.  Après avoir braqué et escroqué le peuple haïtien, pour se la couler douce ; ils ont capitulé devant les faiseurs de roi, pour se maintenir au pouvoir. Ils ont bradé le sens de la solidarité et ont tourné le dos au Venezuela comme de vulgaires malpropres qui changent de partenaires au gré de passes diplomatiques s’exerçant à la ruse, à l’indignité et a l’infamie, comme si c’était des marqueurs d’intelligence.

Comment peut-on éprouver de la sympathie, de la clémence et de la tolérance pour des hommes et des femmes qui pillent, volent, détournent les fonds publics destinés à soulager la vie de millions d'êtres humains vivant au gré des aléas climatiques et de la compassion de l'assistance humanitaire ? Comment peut-on aliéner sa dignité en s’alliant avec de gens qui n’hésitent pas à renier la gratitude de leurs alliés pour sauver leurs intérêts particuliers ? Comment peut-on se reconnaitre dans des hommes politiques qui n’hésitent pas à se transformer en chefs de gang pour massacrer la population civile quitte à faire intervenir des mercenaires étrangers et à donner pleins pouvois aux gangs locaux pour intimider les gens afin de les empêcher de sortir dans les rues en nombre imposant pour demander justice  ?

Dans ce contexte, il faut que des voix courageuses sortent de leur torpeur  et affrontent leur peur pour oser "brandir la vérité comme ultime étendard de notre dignité, ultime courage de notre liberté et ultime intelligibilité de notre humanité".

Et si la corruption n’était pas la source du mal !
En faisant ressortir ces différents éléments, qui gravitent autour du scandale PetroCaribe, l’objectif de ce texte est de pousser les citoyens à s’interroger sur les vraies causes des malheurs de la République. Car il est pédagogiquement manifeste que c’est en identifiant les causes des défaillances qu’on peut connaitre le vrai pour agir avec intelligence sur les chantiers du renforcement institutionnel et sur les sphères de la conscience citoyenne. Une facon de libérer le potentiel créatif  et éthique de tout un chacun afin de permettre que les intercations multiples de la société donnent lieu à cette synergie porteuse de reliance qu'on appelle intelligence collective.

A l’heure où les forces sociales sont en concertation pour apporter une réponse à ce crime économique et social, il est important de comprendre que PetroCaribe n’est pas qu’une affaire de corruption. Dans sa complexité, elle montre des défaillances a tous les niveaux de la société et fait intervenir, comme l’a si bien expliqué le juriste Daniel Jean sur Radio Sans Fin, des acteurs qui n’ont jamais été nommés.  Or ce sont ces acteurs qui détiennent la vérité sur le dossier PetroCaribe. Jusqu’à date personne n’a osé citer et parler du rôle des banques dans ce dossier. S’il faut croire les arguments technico juridiques du juriste Daniel Jean, précédemment cité, dans les conditions régulières de passation de marché, incluant les marchés de gré a gré, tous les contrats émis dans le cadre du dossier PetroCaribe doivent contenir une lettre de garantie bancaire, sous forme d’assurance financière, stipulant qu’en cas de non-respect des engagements contractuels les firmes, remportant les marchés, disposent de fonds ou de garantie, sous forme de caution, pour rembourser les sommes avancées. De sorte que, si tout s’est passé dans le respect des lois, les banques doivent pouvoir fournir la réponse à la fameuse question : Kot Kôb PetroCaribe A ?

Et dans l’hypothèse, hautement probable, où la loi sur les marchés publics n’aurait pas été respectée, il faut se demander à quoi servent les institutions comme la Cour Supérieure des Comptes (CSCCA), la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP), l’Inspection Générale des Finances (IGF) ? Car elles sont les gardes fous créés expressément pour protéger la République et empêcher les atteintes à la probité publique. Si elles n’ont pas agi en amont pour protéger la société, comment peut on espérer qu’elles agissent en aval pour réparer leurs complicités et leurs défaillances ?

Dans ce contexte, tout empressement vers la tenue d’un procès avec les niveaux actuels d’information détenus peut n’être qu’une tentative d’occulter la vérité sur le dossier PetroCaribe pour protéger les vrais acteurs. Ce qui au demeurant achève de prouver la pertinence de ma précédente analyse disant que le rapport de la Cour des Comptes n’est qu’un rapport détourné.

Mais qui osera nommer ces puissants acteurs de l’ombre ? Qui convoquera la puissante Association Professionnelle des Banques Privées Haïtiennes pour demander si ces garanties bancaires, devant protéger l’intérêt public, ont été déposées ? Car les banques sont toujours au cœur des transactions. Peut-on oublier que l’ex président Joseph Martelly avait déclaré en 2015, dans l’émission « Le Point de Radio Télé Métropole que la luxueuse villa qu’il construisait à Montrouis, en fin de mandat présidentiel, a été rendue possible grâce à un prêt accordé par la UNIBANK. Logiquement, pour un tel prêt, finançant une transaction à grand potentiel de risque, où la frontière entre fonds privés et fonds publics est mal définie, vu que le bénéficiaire avait le statut d’un président en fin de mandat, il devait exister des garanties solides pour convaincre la banque d’agir. Car sous forme liquides, ces garanties auraient été trop risquées. A moins que ce fut un acte de générosité et de bienveillance bancaire, si tant est que ces valeurs chrétiennes se situent dans l’ADN d’opérateurs financiers qui disposent de pouvoirs de fixer leur propre taux de change. Tout est possible, car on se souvient qu’au tout début du mandat, toujours friand de déclarations irresponsables, dans son arrogance confortée par ses accointances diplomatiques, l’ex président Joseph Martelly avait vanté la générosité de ses petits amis du secteur privé qui mettaient leurs ressources privées à sa disposition.

Dès lors, que les interetes privés et publics se confondent aussi irresponsablement, il faut s’inquiéter pour l’avenir de l’État de droit en Haïti. Il faut se demander pourquoi un pays qui vit de l’assistance humanitaire sacrifie les besoins de sa population pour consacrer à des officiels un train de vie luxueux ? Officiels qui, rappelons-le, ne rendent aucun service au pays et ne font que se gaver des ressources et privilèges de l’État pour leurs affaires privées. Ainsi, désormais, sans exagération, on peut dire qu'Haïti nage en plein État d'escroquerie, de criminalité et de passe-droit. C'est la pleine effectivité de la primauté de l’impunité. Le règne du PHTK semble avoir sonné la fin du cycle du business de l’État de droit. Il annonce l’émergence d’un nouveau cycle qui ne recherche plus officiellement de cohérence et de sens pour ses projets, qui ne s'embarrasse plus de scrupules pour soutenir ouvertement escrocs, voleurs et assassins. Mais l'ambiguïté ne reste pas moins un dilemme. Pourquoi continuer de nous snober avec les projets de renforcement institutionnel, de bonne gouvernance, d'État de droit, de lutte contre l’impunité ? Pourquoi ne pas assumer la terreur et renoncer à l'évangile de la démocratie ? Si les valeurs prétendues de la bonne gouvernance et de la démocratie ne sont, dans la réalité, que des concepts creux et rien que des slogans répétés pour se donner bonne presse et accéder à la légitimité internationale, pourquoi continuer de les imposer comme des marqueurs de civilisation ?

Il découle alors de ce constat que la lutte contre ce cycle d’indigence ne peut pas être portée uniquement sur le terrain des réformes politiques, législatives, juridiques, constitutionnelles et institutionnelles. Car ces réformes resteront des enfumages aussi longtemps que leurs finalités ne viseront pas à changer aussi les mentalités en plaçant l'humain et sa conscience au centre des préoccupations. L'escroquerie de PetroCaribe a été rendue possible, non parce que les lois et les gardes fous constitutionnels n'existent pas, non parce que les gens qui agissant sont des incompétents ; mais bien parce qu’à tous les échelons de la gouvernance publique et d'entreprise, il manque des gens éthiques et responsables pour refuser d’exécuter des ordres portant atteinte à l’intérêt commun. Il s'agit ici de déficits humains et éthiques. C’est en effet par lâcheté, par irresponsabilité, par cupidité que toutes les alertes ont été désactivées pour faire jouer les réseaux d’accointances, de copinage en privilégiant la cécité, la surdité et les complicités.

Pour paraphraser le professeur Marcel Gilbert, osons dire que si deux siècles de projets n'ont abouti qu'à des rafistolages et des recyclages, qui sont autant d'enfumages, il est venu le temps de reprendre l'ouvrage en construisant, cette fois, les infrastructures éthiques.  En effet, au siècle dernier, avec Roumain, nous cherchions à gouverner la rosée. Hélas, les digues n'ont pas tenu en raison de l'érosion de leur contour. De fait, l'eau a coulé, mais, dispersée en mille gouttelettes, elle a dérivé loin des sillons qui devaient la drainer vers les champs pour ensemencer la vallée. Il est donc venu le temps de reconstruire les digues à partir de briques éthiques pour ériger les nouvelles infrastructures qui doivent mieux protéger la société des basses eaux de la médiocrité. En même temps qu'elles doivent servir à irriguer l'eau vers les semences pour faire germer un nouvel écosystème. C'est l'utopie collective que notre époque nous impose de nourrir et de magnifier pour faire germer et fructifier les fondements d'une nouvelle écologie de valeurs.

Prise sous cet angle, objectivement, la corruption est loin d'être le vrai mal qui déstabilise Haïti. Car au fond, la corruption n'est qu'un risque inhérent aux activités humaines. Et contre ce risque ce sont les défenses et les infrastructures de la société qu'il faut renforcer. Mais une société, ce ne sont pas que des lois, ce ne sont pas que des institutions. Ce sont surtout et d'abord des hommes et des femmes, avec des motivations et des comportements, avec des centres d'intérêts, des accointances et des sensibilités. Comme je ne cesse de le dire le drame qui déshumanise Haïti est aussi pour une bonne part un problème humain et éthique. Il manque au pays la fibre éthique capable de faire vibrer les consciences pour que les hommes et les femmes se rendent disponibles pour des valeurs qui réhaussent la dignité humaine, renforcent la solidarité et magnifient l’intérêt collectif. C'est du regard que nous posons sur les choses que naissent les perspectives de leur transformation. En apprenant à voir la corruption autrement, nous nous offrons de meilleures chances de trouver les voies intelligentes pour nous en prémunir.

Du coup, un pacte éthique reste l’outil privilégié de raffermissement de la conscience citoyenne pour nourrir l'intelligence collective et rendre possible une Haïti moins indigente. Un pacte qui doit être placé sous le signe de la vérité pour que la transparence soit la norme contre l’opacité. Un pacte qui doit être régulé par la justice pour combattre l'impunité qui nourrit toutes les indigences du système. Ce sont ces perspectives structurantes qui doivent être mises à contribution pour construire les infrastructures éthiques de la société. Ce sont elles qui, une fois érigées, protégeront la collectivité. Sinon, malgré les milliards mobilisés, malgré l'expertise recrutée, l'État de droit, les projets de développement, les intitiatives technologiques, les innovations sociales brilleront toujours comme des miroirs de bordels.

C'est l'humain et sa conscience éthique qui doivent être les lieux privilégiés du changement. C'est dans les mentalités et les consciences qu'il faut d'abord porter le changement. Car, il est probable que pour tout être humain acquis à la cause de l'éthique, il n’y ait point de valeurs qui soient au-dessus des trois piliers qui fondent le sens de toute humanité : la Vérité, l'Intégrité et la Dignité. Elles forment la brique éthique qui enflamme l'Engagement citoyen et renforce les digues, Sans ces valeurs, tout devient VIDE. Et c’est dans le vide que se répandent les médiocrités.

Le message que je porte en filigrane dans ce texte, célébrant l’éthique comme chant de dignité et flamme ardente de liberté, pour incarner soi-même le changement que l’on veut pour son pays, est disponible en intégralité dans un ouvrage intitulé Initiative pour un manifeste éthique. Il sera disponible sous peu, des retards dans les travaux d'édition ont empêché sa publication à ce jour. Ceux et celles qui sont intéressés par cette thématique peuvent surveiller nos annonces dans Haïti En Marche.
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